Notre lettre 144 publiée le 22 septembre 2008

Le 28 septembre prochain, 38 ans après la formidable assemblée de 1970, les Nouveaux Silencieux se réunissent au palais des congrès de Versailles pour implorer avec le Saint-Père la Paix, la Réconciliation et l'Unité dans l'Eglise

IL Y A 38 ANS, L'ASSEMBLEE DES SILENCIEUX DE L'EGLISE


Il y a 38 ans, les 7 et 8 novembre 1970, alors que beaucoup d'entre nous n'étions pas encore nés ou actifs, se tenait au palais des congrès de Versailles la formidable Assemblée des Silencieux de l'Eglise dont nous publions ci-après une partie des témoignages (Voir Documents 1, 2 et 3 à la fin de cette lettre).

Il s'agissait alors de catholiques - déjà en pleine communion avec le Saint-Père – qui se levaient pour faire entendre la voix de tous ceux qui ne supportaient plus la dérive progressiste et mortifère de la partie médiatique et bruyante de l'Eglise de France.

Cette assemblée qui réunit alors plus de 9000 catholiques en ce lieu historique permit la mise en œuvre d'une résistance catholique avec le Pape au service de l'Eglise.


LE 28 SEPTEMBRE 2008, UNE NOUVELLE ASSEMBLEE DES SILENCIEUX POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION


Dimanche prochain, le 28 septembre 2008, se déroulera une assemblée semblable ! Comme en 1970, en pleine communion avec le Saint-Père, il s'agit pour les fidèles d'œuvrer pour la paix et la réconciliation dans l'Eglise.
A son origine, il s'agissait d'une simple initiative locale, lancée par une vingtaine de groupes de demandeurs des Yvelines. Cette demande se mua, à la demande de l'évêque de Versailles, Mgr Eric Aumonier et du Nonce apostolique à Paris, en un grand rassemblement régional, voire national, ouvert à tous les catholiques français attachés à la forme extraordinaire du rite romain.
Depuis le prophétique Motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI, des milliers de familles se sont en effet adressés à leurs curés et à leurs pasteurs pour pouvoir vivre leur foi catholique, dans leur paroisse, au rythme de la forme extraordinaire du rite romain… souvent en vain.
Certes, il nous faut remercier les pasteurs les plus charitables pour les 55 nouvelles célébrations selon la forme extraordinaire accordées en France depuis le mois de septembre 2007.
Toutefois, comment comprendre qu'un an après le Motu proprio, la célébration de la forme extraordinaire soit encore totalement absente de 8 diocèses français, et que dans près de 25 diocèses de l'Hexagone, la forme extraordinaire du rite romain ne soit même pas célébrée tous les dimanches ?
Comment comprendre l'hésitation de nos pasteurs à recevoir les paroles du Saint-Père alors qu'ont émergé en France des centaines de demandes de célébrations selon la forme extraordinaire (dont 25 sur Paris, 6 dans l'Essonne, 5 en Seine-Saint-Denis, 28 dans les Yvelines etc.) ?
Au lendemain de l'extraordinaire pèlerinage de Benoît XVI en France, ces familles veulent faire entendre leur voix. Ceci est d'autant plus important qu'une nouvelle fois, il y a une tentative d'enterrer cette espérance de Paix ou de la salir comme l'a fait dimanche 15 septembre Mgr Di Falco, évêque de Gap, sur France Info. En effet, ce dernier s'est déclaré « inquiet » de la libéralisation, par Benoît XVI, de la Messe selon le rite dit « de Saint Pie V » sous prétexte que cette dernière était célébrée dans des meetings de « partis d’extrême-droite », où étaient ensuite prononcés « des discours racistes, antisémites et xénophobes ! » Prenant ainsi fait et cause pour une recherche maximale de la rupture et de la perpétuation du conflit : « Bravo Monseigneur pour vos belles paroles, si nuancées et si sages en faveur de la paix souhaitée par Benoît XVI ! » Quelle tristesse et quelle honte lorsque l'on sait qu'elles ont été prononcées par un professionnel de la communication qui fut de longues années porte-parole de la Conférence des Evêques de France...

Vous exagérez, diront certains, vous n'êtes jamais contents...

Pour eux, reproduisons un autre exemple choisi parmi des douzaines d'autres des incroyables manques de vision de la réalité de certains de nos pasteurs…

Toujours le 15 septembre, Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes, donnait en direct ses impressions au journal "La Croix " sur la visite du Pape et sur les grands thèmes abordés dont notamment le Motu proprio. Ainsi, à la grande consternation des fidèles de son diocèse attachés à la forme extraordinaire du rit romain, il a notamment déclaré :"Dans mon diocèse, il y a une messe de Jean XXIII et je reconnais que les gens qui sont à cette messe pour la plupart veulent la paix et donc ne durcissons pas des conflits qui n’ont pas lieu d’être. Alors, il y a bien sûr des excités de tous les bords et donc ça bah c’est un peu notre rôle de faire en sorte que ce ne soient pas les excités qui aient la parole. Je comprend ce qu’il (ndlr : le Pape) nous a dit, c'est-à-dire qu’il nous a dit « soyez des hommes de paix » et je crois - comme il l’est - et « sachez faire l’impossible pour que la paix existe ». Bah, je veux dire, c’est pas en laissant faire n’importe quoi qu’on fait la paix, c’est en essayant de construire ensemble et je dois dire que moi je suis témoin que l’endroit où je suis, c’est un peu ce qui se passe, on essaie de construire ensemble. Euh j’aimerais que certaines personnes l’entendent aussi. Concrètement, pour le moment, il y a chez moi et on a essayé de le faire depuis plusieurs années une messe en latin pour ceux qui le veulent, il y a une communauté d’une centaine de personnes, s’il y avait d’autres gens qui se présentaient, on verrait bien mais je ne peux pas inventer des choses qui n’existent pas. "

Qui sont les "excités" dont parle cet évêque alors que les fidèles de son diocèse qui l'ont sollicité en vue d'appliquer le Motu Proprio, l'ont toujours fait avec charité et bienveillance?

Pourquoi dire qu'il n'y a pas de demande alors que nous savons que plus de 6 groupes se sont "lancés"dans l'Essonne - pour le moment sans réponse - aux quatre coins du diocèse?


Comment ne pas voir dans cette déclaration une volonté délibérée de casser le magnifique mouvement de réconciliation initié par le Souverain Pontife le jour même ?

On le voit bien, la réception du Motu Proprio en France n'est pas encore sans poser de sérieux obstacles...

QUE DEVONS-NOUS FAIRE ?


Trouver le bon moyen pour réagir n'est pas facile. Les silencieux de 1970 avaient choisi tout simplement de s'exprimer, comme les pères du concile Vatican II leur avaient demandé de le faire. A cette occasion, Mgr Simonneau,l'évêque de Versailles, les avait soutenus.

Aujourd'hui nous savons que son successeur, Mgr Eric Aumonier est un ami du Pape. Aussi pouvons nous être certains qu'il saura répondre à l'invitation du Saint-Père et non pas simplement appliquer timidement le Motu Proprio... de 1988.

Dans cette perspective, il nous semble plus que probable que Monseigneur Aumonier, homme de dialogue et de communication, vienne au colloque, ou au moins se fasse représenter.

De même, nous imaginons bien que demain, Monseigneur Aumonier, pasteur attentif et respectueux de chacun, saura redonner une vraie place à Versailles à la Fraternité Saint Pierre et évitera ainsi qu'un drame ne se déroule à Notre-Dame des Armées, comme cela s'est déroulé à Lyon. D'avance nous le remercions pour la réparation de ce qui aurait pu paraître comme une injustice du passé.

S'agissant du présent et de l'avenir, il lui faut désormais regarder la situation en face et y répondre. Il est plus que probable que demain, Monseigneur Aumonier va prendre la véritable mesure de la demande qui se manifeste de toutes parts dans son diocèse de Versailles. Mgr Aumonier, qui a souvent dit ne pas souhaiter le développement de ghettos ni l'isolement des communautés les unes par rapport aux autres, ne pourra que tirer les conséquences de son intuition et comprendre la nécessité de la célébration de la messe traditionnelle chaque dimanche, par des prêtres de son diocèse, dans 5 églises des Yvelines. Ainsi, ce sera une magnifique réponse à l'invitation du Saint-Père d'œuvrer à la réconciliation et une belle première étape symbolique, l'accession immédiate aux 28 demandes en cours dans le grand diocèse de Versailles n'étant pas réaliste à brève échéance. Les besoins urgents sont connus et déjà identifiés :

- Une messe chaque dimanche à Rambouillet.
- Une messe chaque dimanche à Montfort-l'Amaury.
- Une messe chaque dimanche à Mantes.
- Une messe chaque dimanche à Saint-Germain en laye.
- Et aussi une messe chaque dimanche à Notre-Dame de Versailles (ou peut-être à Sainte-Jeanne-d'Arc ?)

Pour parvenir à cette application du Motu proprio de Benoît XVI, il nous faut soutenir nos pasteurs et leur témoigner très nombreux notre désir de paix et de réconciliation dans nos paroisses.

Serons-nous assez nombreux pour être à la hauteur de nos pères ?

Saurons-nous nous mobiliser, en famille, pour témoigner de nos besoins à nos pasteurs?

Si nous n'en étions pas capables, comment demain pourrions-nous nous plaindre ? Et regarder dans les yeux nos enfants qui ne comprendraient pas qu'à la fois nous nous plaignions, mais aussi que nous ne fassions rien pour aboutir ?

Une fois encore remémorons-nous la devise de Sainte Jeanne d'Arc " Les hommes d'armes batailleront et Dieu nous donnera la Victoire".

Aujourd'hui il ne s'agit plus de batailler mais de faire connaître notre Foi et notre Espérance à nos Pasteurs pour qu'ils agissent avec Charité.


SAURONS-NOUS FAIRE LE 28 SEPTEMBRE DES 14 H CE QUE NOS PARENTS ONT EU LE COURAGE DE FAIRE EN 1970 ?



DOCUMENT 1 - Souvenirs, Souvenirs

Samedi 7 novembre 1970 " Impressions d’ambiance", par Béatrice Sabran



Il pleut. La ville de Versailles est grise et boueuse. Pourtant, des centaines de personnes venues de toutes les régions de France se hâtent vers le Palais des Congrès, où, pendant deux jours, l’Assemblée des Silencieux de l’Eglise va tenir ses assises afin de dire son mot au sujet de la crise qui secoue la barque de Pierre.

Des Anglais, des Italiens, des Canadiens, des Ukrainiens, et un véritable commando de Hollandais se sont joints à eux. Si l’on tient compte du mauvais temps, il paraît sage d’escompter trois mille participants alors qu’on prévoyait quatre mille. - Or, dès l’ouverture des portes, voici que ces chiffres sont dépassés. Non seulement la grande salle est comble, mais toutes les autres salles reliées à la salle centrale par un circuit télévisé, se remplissent à une telle cadence que les sièges manquent déjà. – Il n’est que neuf heures vingt, une immense rumeur bourdonne. Les milieux sociaux, les nations, les âges, les races, se mêlent et envahissent véritablement le Palais des Congrès. On se bouscule devant le secrétariat, devant le vestiaire, on se marche un peu sur les pieds, car le hall n’est pas assez grand pour contenir la première poussée, mais, déjà, tout s’organise dans la patience et la gaieté, qui sont les deux formes de l’espérance. Personne ne se plaint d’attendre son ticket de vestiaire, ni de faire la queue pour être assuré de posséder son ticket de repas. Quand on sait, en sociologue, combien il est difficile de contenir la meilleure des foules dans un espace trop étroit pour elle, on demeure confondu de voir cette foule des Silencieux se répartir docilement vers cette salle, plutôt que vers une autre, selon les directives qui lui sont attribuées.

Pourtant, tous sont venus là pour entendre les orateurs, la messe, la chorale des mineurs hollandais dans la salle Richelieu. Beaucoup ont frêté des cars, des quatre coins de France et de l’étranger, beaucoup souhaitent être aux premières loges, tous ont fait l’effort physique et financier nécessaire en notre temps de crise, pour entendre que la Parole de Dieu n’est pas morte, que l’Eglise n’est pas morte, mais que l’une et l’autre, l’Une, garante de l’Autre, doivent être défendues.

Ces silencieux de l’Eglise ont assez facilement, dans le temporel, la langue agressive, et les coudes pointus. Pourquoi seraient-ils meilleurs que les autres aujourd’hui ?

Tout simplement parce qu’ils ont fait des kilomètres pour venir défendre leur foi. La foi, car il n’y en a qu’une.

Du Finistère, du Béarn , du Languedoc, du Pas-de-Calais, de Belgique, d’Italie, du Canada, de l’Ukraine, d’Angleterre, et de Tchécoslovaquie, de Hollande, ils sont là, affamés, attendant la nourriture à laquelle la Sainte Eglise les a accoutumés et dont, subitement, ses intendants les ont sevrés. Là est la raison de leur patience.

Aussi, quand Louis Salleron, fait la description de l’Arianisme sous la banderole où s’inscrit une parole admirable du Cardinal Marty : « Il nous faut des évêques pour temps de crise : des Athanase », des milliers de cœurs se défoulent en une longue acclamation. Au-dessus de cette marée humaine, une immense croix inscrite dans les deux P de l’Eglise de Pierre et Paul et que ponctue la clé du royaume, ressemble à une figure de proue conquérante, elle est l’œuvre d’un garçon de dix-neuf ans et nargue de sa jeunesse les malveillants qui ont ricané de cette assemblée en disant « ce sera une soupe populaire pour les vieux ».

Or, les jeunes sont là barbus, chevelus, vêtus de peau de chèvre et de houppelandes maxi, tout un atelier d’étudiants des Beaux-Arts s’est installé au premier étage avec ses fours à émaux et ses outils. Pendant quarante-huit heures, ils martèleront et émailleront, ils assembleront le sigle de Pierre, nourris de sandwiches et de bière chaude, car eux aussi veulent apporter leur contribution à l’Assemblée, et telle l’obole de la veuve, n’ayant que leur art à donner, c’est avec lui qu’ils sont venus défendre l’Eglise de Jésus-Christ, la plus belle fille du monde ne pouvant donner que ce qu’elle a. Une vieille dame me dit avec bonheur :
« Ils me font penser à ce baladin d’un fabliau, je ne sais plus lequel, qui ne sachant comment estimer son amour pour la Vierge se mit à faire ses tours devant sa statue. »

Tandis que les enfants martèlent, les religieux hollandais parlent avec simplicité de leur détresse. Ils détaillent la désagrégation progressive de leur Eglise. Le père Van Dijck, lui aussi, est jeune et beau. Professeur à l’Université de Nimègue, en chaires d’Ecritures saintes et d’hébreu. Il s’est vu enlever son poste d’Ecritures Saintes. Dans un fief universitaire où règnent toutes les licences sexuelles, il pourrait aisément militer pour le mariage des prêtres, comme tant d’autres. Il préfère parler de Dieu et souffrir pour l’Eglise. Les salles lui feront une ovation chaleureuse, et quand il repartira, toujours discret, modeste et laconique pour prendre son train, gare du Nord, ce sera pour dire, les larmes aux yeux et avec son terrible accent hollandais : « Merci, merci, vous nous avez redonné, n’est-ce pas, l’Espérance. »



DOCUMENT 2 - Souvenirs, Souvenirs 2

Dimanche 8 novembre 1970 "Impressions d’ambiance", par Béatrice Sabran



Je n’ai pas entendu sonner mon réveil. Quand j’arrive au Palais des Congrès avec cinq minutes de retard, je suis accueillie par une rumeur magnifique : quatre mille personnes récitent le chapelet. Bretonne, toutes mes références sont marines, ce chapelet récité par quatre mille bouches, c’est le rythme de la mer offert à la Vierge Marie, dans un amour exemplaire, le rythme de quatre mille cœurs, battant à la même cadence. Déjà dans les couloirs, debout, les arrivants se mêlent spontanément à l’immense litanie dont ils sont sevrés depuis si longtemps : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pêcheurs. Je vous salue Marie, pleine de grâce…

« Ces gens ont une foi rayonnante » dira un journaliste stupéfait, et un jeune garçon incroyant me confiera : « Je suis venu ici pour accompagner ma fiancée, sans plus, mais je suis bouleversé par cette foi. L’Eglise pour moi c’était une vieille baraque, je viens de découvrir que le christ est vivant. Il faut bien qu’il soit vivant pour que tant de gens prient dans l’allégresse ».

Allégresse est le mot qui pourrait clore ce dimanche. Pierre Debray dira en fin de journée : « Nous remercions Monseigneur Simonneau de nous avoir offert une « cathédrale » ».

Le Palais des Congrès, accoutumé à d’autres exercices, devint en effet une cathédrale, comme au Moyen-Age, ouverte à tous vents, certes, mais également aux baladins tels que Guy de Fatto, aux écrivains, aux philosophes, aux musiciens, aux prolétaires, aux aristos, aux mineurs, aux femmes de ménage, aux retraités, aux P.-D.G., cathédrale où la sainte eucharistie circulait de haut en bas portée par des prêtres transfigurés. Sur leur passage des jeunes gens ouvrant les portes, déblayant le chemin, annonçaient : « Le corps du christ », et le corps du Christ passait entre deux haies de féaux agenouillés, mais agenouillés sans ostentation, sans mise en scène, avec simplicité, la simplicité des manants devant leur roi.

Car tout fut simple à Versailles. L’interminable défilé de la communion dans la grande salle, se fit dans un tel silence que la chorale hollandaise qui avait préparé un beau cantor latin, fut médusée par cette qualité de silence, et se tut. L’art lui-même s’humiliait devant Dieu. Car il sentait que Dieu parlait aux âmes dans le silence, et que les âmes l’écoutaient.

Ainsi, certaines, qui l’écoutèrent, étaient des brebis écartées du bercail, depuis de longues années. Bien que tenus par le secret de la confession, plusieurs prêtres nous ont dit : « Nous avons été témoins de conversions ».

Conversions qui demandaient l’écoute sacerdotale, dans les escaliers et même dans les vestiaires. Jésus-Christ descendait chez Zachée, une fois de plus « Zachée descend de ton arbre, aujourd’hui je veux manger dans ta maison. » « Me voici, Rabbi ».

Quant éclata le Magnificat en cette soirée de dimanche, toujours aussi grise et boueuse, ce fut comme un tonnerre de joie qui déferla des cintres et du parterre.
- Esurientes implevit bonis. Et divites dimisit inanes.
« Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides ».

Les affamés repartaient les mains pleines, espérant avoir laissé, derrière eux, douze corbeilles remplies des miettes d’une nourriture surabondante, afin de nourrir, spirituellement, plus pauvres qu’eux. Jadis, Jésus fit ainsi de quelques pains et de sept poissons, des miettes. Il ordonna qu’on remplit les corbeilles.

Car le Christ a toujours rassasié les affamés. Mort et ressuscité, Il n’oublie pas leur faim et c’est ainsi qu’il apparaît aux apôtres sur le lac de Tibériade, une nuit où ils n’avaient pris nul poisson. « Le matin venu, dit Jean (XXI-I-14), Jésus se trouve sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Et Jésus leur dit : Mes enfants n’avez-vous rien à manger ? Non, répondirent-ils. Jetez le filet à droite, et vous trouverez. Ils le jetèrent et ils ne pouvaient plus le tirer, tant le poisson était abondant. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ». Pierre mit alors sa ceinture à son vêtement, car il était nu, et il se jeta dans la mer. Et Jésus lui-même les nourrit.
Peut-être les silencieux de Versailles ont-ils été nourris parce qu’ils se sont jetés nus à la mer – ainsi que Pierre s’y jeta, sans calculer, pour retrouver son Dieu sur le rivage, ce Dieu, ce Seigneur qu’il croyait mort, malgré les témoignages.
Quand Pierre le rejoint, une fois de plus, Jésus lui demande : « Pierre, m’aimes-tu ? »
Et Pierre répond : « Mais Rabbi, toi, qui sais tout, tu sais bien que je t’aime. »
Jésus, ayant éprouvé l’amour de celui-ci, le plus faible des apôtres, mais que l’amour ramène toujours à son Seigneur, le sacre pour l’éternité berger de son troupeau :
« Fais paître mes brebis » car il y aura de mauvais bergers qui laisseront les brebis mourir de faim et de froid, d’autres qui les empoisonneront d’herbes malsaines. « Toi qui connais tout, Seigneur, tu sais cela ».

Dimanche soir, huit mille catholiques romains regagneront leur maison, leur travail, leurs soucis, nourris du credo de ce nouveau Pierre qui s’appelle Paul VI, leur pasteur. La délégation des mineurs hollandais, ainsi que les mineurs de Lens, montent dans leur car en chantant avec enthousiasme. Sur les marches du Palais des Congrès, des inconnus d’hier échangent leurs adresses et souvent s’embrassent spontanément, parce qu’une communauté véritable a existé pendant deux jours. Ce n’est pas celle toute théorique et technocrate de ma paroisse, où l’on nous contraint à nous serrer la main pour nous offrir « La Paix », comme on s’offrirait le savon dans les lavabos d’un café ou les petits fours chez les douairières. « Vous me voyez en train d’embrasser, à bouche que veux-tu, un monsieur que je n’ai jamais vu, sous prétexte qu’on est tous frères », m’a dit une vieille ouvrière, horrifiée.

A Versailles, Dieu a voulu qu’il y ait cette dimension supplémentaire qui abolit les classes sociales, celles qu’une certaine église politisée s’emploie à rétablir : la lutte des classes. Les humbles ont été auprès des grands. Les baladins auprès des bourgeois. Les gens de « gauche » auprès des gens de « droite », l’amour de l’Eglise gardienne de la foi avait balayé les différences. Le général prenait avis du soldat de deuxième classe. Toutes les classes sociales étant réunies par le seul souci impératif : défendre la foi.

Mais, en fermant les portes du congrès de Versailles, nous emportions également dans notre panier une « simple », une fleur qu’il faut longtemps trier dans les halliers, précisément parce qu’elle est simple, et qu’elle est facilement étouffée par les églantiers et les chèvrefeuilles, plantes arrogantes.
Cette plante si simple qu’on ose pas la nommer s’appelle : espérance.



DOCUMENT 3 - Souvenirs, Souvenirs 3

« Une poignée de nostalgiques… » C’est ainsi qu’une station de radio périphérique croyait pouvoir informer ses auditeurs de ce « Congrès des Silencieux de l’Eglise » qui devait se tenir le lendemain à Versailles. Cela ne méritait pas mieux ! Car enfin, Françoise Lucrot, la secrétaire générale, et Pierre Debray, journaliste, qui avaient monté cette « opération » n’étaient inscrits sur aucune liste connue de ces différents mouvements contestataires, modernistes ou intégristes, qui se disputent la faveur des journaux et les anti-chambres d’évêques.

Mais que se passa-t-il d’extraordinaire durant ces journées des 7 et 8 novembre 1970 ?

On « espérait » environ trois mille présences… Un flot de neuf mille personnes, venues d’on ne sait où, sans convocation, comme poussées par une sorte de force intérieure irrésistible, envahirent pendant deux jours les salles d’un Palais devenu trop petit, s’entassèrent dans les couloirs et les escaliers, prièrent et chantèrent dans une commune et joyeuse exaltation.

Se serait-on trompé ? Médusés, les journalistes écoutent, regardent et téléphonent… La télévision allemande alertée demande à prendre des images… La télévision française à son tour dépêche en toute hâte une de ses équipes et demande à Pierre Debray une interview qui sera diffusée dès dimanche soir. Et c’est ainsi que le public français apprit pour la première fois l’existence du Rassemblement des Silencieux de l’Eglise.

Dès le lendemain, les journalistes, avec une conscience exemplaire, non seulement dépeignent ce qu’ils ont vu mais cherchent à donner à cet événement sa véritable signification. Ce qu’ils ont noté ? Résumons-le :
La foi rayonnante de tous : « Cette foi devait éclater dans le chant du Credo ».
Le sérieux et la modération.
La diversité sociologique des assistants.

Mais la plus belle des récompenses que pouvaient recevoir les animateurs de ces deux journées, leur a été fournie par les dizaines de lettres reçues, soit des participants, soit même de ceux qui, n’ayant pu venir, ont appris ce qui s’était passé. La joie et l’espérance de ceux qui souffrent en silence s’expriment là sans réticence.

Un témoignage parmi des milliers d’autres

Mes chers amis,
Je veux vous entretenir d’un voyage que j’ai fait avec Anne les 7 et 8 novembre 1970 à Versailles. Depuis longtemps, en regardant les déformations de plus en plus graves imposées à la religion catholique et à la liturgie, je me sentais en conflit, au fond de mon âme, avec ces innovations arbitraires. Cela ressemble si peu à l’éducation chrétienne que j’ai reçue chez le P. Berto, si peu au message de l’Evangile, si peu aux dogmes que nous avons appris et que nous confessons dans le Credo ! Pour tout dire, j’avais la pénible impression de trahir. Trahir l’enseignement du christ et celui de la Foi que nous avons reçu, car si nous en sommes les dépositaires, nous devons aussi en êtres les gardiens vigilants. C’est notre devoir pur et simple.

En conséquence, j’ai eu l’impression, avec Anne, de recevoir une bouffée d’air frais quand nous avons su qu’il existait, à Brest, un groupement de gens qui pensaient comme nous. L’unité faisant la force, nous sommes allés avec curiosité, avec un peu d’appréhension aussi, à la première réunion des « Silencieux de l’Eglise ».

Quelle joie, quel réconfort de retrouver cette chaleur amicale ! La grande réunion de Versailles étant prévue en novembre, nous décidons, Anne et moi, de « monter » à Paris. Je n’y avais pas été depuis vingt-trois ans ; c’est vous dire qu’aller à Paris me semblait une douce utopie quelques mois auparavant. Nous voici donc dans le train, avec un peu de serrement au cœur en quittant les enfants. Le bercement musical des rails, ces gens que je ne connais pas ou à peine pour certains, mais qui font le même voyage que nous, tout cela me fait irrésistiblement penser aux pèlerins d’Emmaüs. Eux aussi étaient malheureux après le départ du christ et ils parlaient en cheminant tristement.

Oui, je vous vois encore, à vos places dans ce wagon, dans le timide éclairage de la veilleuse, amis de ce voyage où nous avons fait si belle connaissance. Gens de tous les milieux, de tous les horizons sociaux, miroirs de cette Eglise que nous allons défendre où il n’y a, en vérité, ni droite ni gauche, ni riches ni pauvres, mais des frères dans la Foi. Je revois, fatigué et sommeillant, cet ouvrier du bâtiment qui a fait « sauter » son seul repos hebdomadaire si mérité. Absent de chez lui toute la semaine, il est là, avec son épouse, heureux. Quand je l’écoute, parlant de sa foi et toujours avec la conviction de la force tranquille, sûre d’elle, sûre de la Sainte Ecriture qu’il connaît si bien, je me dis que bien des soi-disant « intellectuels » d’aujourd’hui pourraient en prendre de la graine.

Cette charmante dame aussi, que son mari, galant, est venu accompagner avec une visible affection jusqu’à la gare. Femme de médecin, elle parle avec sa voisine de ce qui l’a poussée à faire ce voyage. Elle a de grands enfants, elle bouge peu, par l’habitude du foyer à tenir, mais elle est là car son devoir est là aussi.

Ce couple, en face de moi, heureux d’être ensemble et avec nous ; lui est ouvrier à la S.N.C.F., rude, buriné comme un chouan. Je les regarde faire plus ample connaissance, mon cœur est plein de sympathie pendant qu’ils se disent ce qu’ils ont sur le cœur, depuis si longtemps. Et vous aussi, l’Assistante Sociale énergique, et vous le jeune médecin plein d’ardeur et de fougue, vous le jeune ouvrier de l’arsenal, responsable du groupe de Brest et vous jeune ami plein d’humour souriant. C’est en raccourci le peuple de Dieu en marche, l’Eglise vivante dans le monde d’aujourd’hui. Il est là pour défendre son drapeau, sa raison d’être et de vivre, pas des « bigots » ignorants, non, des gens qui savent ce qu’ils pensent, prêts à livrer le combat gratuit, pour rien, pour le panache, pour leur Foi, simplement parce qu’ils croient !…

Maintenant, dans ce matin du Palais des Congrès de Versailles, émus profondément, nous chantons d’une seule voix le « Veni Creator ». Je sens les larmes me monter au yeux, je revois la vieille maison où nous avons été élevés, nous les pauvres parmi les plus pauvres, déshérités de la terre, les petits de l’Evangile. Je pense à notre Père bien aimé, le si cher Abbé Berto, qui avait donné sa vie tout entière pour nous, sa vie et son cœur, pour nous élever dans la Foi Catholique et Romaine ; pour nous éblouir de l’Evangile du Christ, pour nous faire riches de la moisson des chants grégoriens, que dirait-il devant ce saccage grandissant des vérités qu’ils nous avait si patiemment apprises. Avec nos chères Mères Dominicaines, il n’avait sûrement pas fait don de leur vie pour ça ! Oui, j’étais grandement ému, mais aussi le calme revenait en moi, car je sentais sa chère présence et sa bénédiction.

J’ai pensé aussi souvent à vous pendant ces deux jours de sessions et de travaux. A vous, mes frères d’autrefois, les « Anciens » comme on dit, et vous mes cadets. J’ai prié dans la splendeur du chant grégorien retrouvé, avec ces six mille voix, cathédrale où chaque pierre était une voix appuyée aux autres, avec la chorale des paysans et mineurs hollandais. Chez eux tout va mal, même leur Eglise par les gens d’Eglise eux-mêmes ; mais derrière moi, j’avais des Hollandais qui étaient venus de là-bas. Entre autre, une vieille dame de 84 ans, triomphante et si jeune. Ce qui frappait tout le monde, c’était cette Foi palpable, radieuse et profonde, si dense qu’elle imprégnait l’air que nous respirions. C’était cette fraternité qui réunissait toute cette foule, unie dans un combat qui nous dépassait tous.

Nous avons quitté, pour un moment, nos univers et nos travaux pour nous retrouver ensemble et dans la joie.

Voilà, mes chers amis, ce que je voulais vous dire, car ce voyage a représenté un grand moment de notre vie, pour Anne et moi. Il me semblerait être égoïste de garder ces souvenirs pour moi seul. Je pense que si nous nous unissons avec fermeté pour défendre notre Foi, notre religion, ses dogmes éternels, les « progressistes » ne pourront plus nous imposer, de manière arbitraire, leur liturgie, leurs manières de penser, leur nouvelle religion « moderniste ». Car nous sommes en pleine hérésie puisque cette « religion » contient toutes les hérésies accumulées au cours des siècles : arianisme, simonisme, scientisme, etc., marxisme, et communisme, ennemis de toujours. Deux mille ans de Christianisme et 263 papes successeurs de Saint Pierre n’ont pu se tromper ni nous tromper pendant si longtemps. Ni le Père non plus, ni les Mères attentives à ouvrir nos cœurs d’enfants à la Vérité. Alors, le combat continue, silencieux mais ferme.

Dans l’égrènement des heures, dans mon atelier, je pense à tout cela, je revois ces souvenirs, je pense aussi à vous, vous mes amis éparpillés aux quatre coins de France et d’ailleurs, que ce mot vous dise mon affection d’aîné dans la fidélité à notre cher Père, à notre chère maison Notre-Dame de Joie et, par-dessus tout, à notre Foi.

Emile Rocher


Mme W., de Moulins : « Il y avait longtemps que je n’avais autant prié. Si vous aviez été dans la foule, vous auriez vu des hommes, le chapelet à la main, attendant leur tour de communier. Et cette ferveur qui a passé comme un souffle du Saint-Esprit sur tous les congressistes… Je dirais même qu’on aurait pu la palper… »

M. L., d’Angers : « Bravo pour votre réunion de Versailles… De grâce, de grâce, continuez, montrez-vous, parlez, agissez !, il était grand temps ! »

M. H., de Paris : « Notre ménage a pu ainsi trouver l’occasion d’héberger deux mineurs de Lens, ce qui a donné lieu autour de la table à de fructueux échanges de vues sur la nécessité de maintenir l’essentiel de nos traditions catholiques, et cela en dehors de toute allusion aux structures de classes si chères à nos progressistes… »

Mme D., agrégée de lettres, Paris : « Merci pour le succès de cette Assemblée à laquelle j’ai pris part avec joie et admiration. Je ne m’attendais pas à ce « sommet spirituel » mais aussi intellectuel. Nous avions vraiment besoin de ce réconfort dans un temps si douloureux pour l’Eglise… » Et combien d’autres encore !


Notre « après le congrès » ?… Ce fut, certes, ces fortes impressions recueillies durant ces deux journées et que chacun, rentré chez lui, conserve précieusement… Mais ce fut bien autre chose encore : la naissance à travers toute la France d’un immense espoir !

Dans les jours qui suivent, P. Debray et Françoise Lucrot voient s’accumuler sur leur bureau des centaines de lettres venues de tous les coins de la France. Elles sont anxieuses, émouvantes dans leur simplicité, interrogatives surtout : « Qui êtes-vous ? Qu’allez-vous faire ? » ; parfois pressantes : « Continuez ! Vous ne devez pas nous décevoir ! » Le Rassemblement des Silencieux apparaissait bien vivant… Le silence était rompu de partout !

En quelques semaines P. Debray voit doubler le tirage du « Courrier Hebdomadaire de P. Debray ». Dès décembre, Françoise Lucrot lance le premier numéro d’une revue mensuelle « Les Silencieux de l’Eglise prennent la parole ».

Car le temps presse. Il faut répondre à l’attente de ces milliers d’appels anxieux. Il faut définir clairement nos objectifs. Il faut éclairer, organiser, structurer la France entière. Tout cela se fait ; tout cela devient chaque jour réalité vivante…

Mais dominant toute cette action, des questions angoissantes continuent à se poser :
« Nos évêques deviendront-ils enfin conscients du trouble profond et de la douloureuse anxiété de cette immense partie du peuple de Dieu, qui s’est exprimée hier à Versailles et le fera demain dans toute la France ? Admettront-ils que, pour maintenir une nécessaire unité de l’Eglise de France, il importe d’ouvrir un dialogue confiant avec ceux qui, comme eux, se veulent d’abord fidèles à la pensée et aux instructions de notre Pape Paul VI ? »

D. L. M.



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