Notre lettre 465 publiée le 18 novembre 2014

N'AYONS PAS PEUR DES DIFFÉRENCES !

À l’occasion d’une rencontre avec les membres de la Fraternité catholique des Communautés charismatiques (Catholic Fraternity of Charismatic Covenant Communities and Fellowships) le 31 octobre 2014 au Vatican, le pape François s'est arrêté sur la question de l'unité de l'Église dans la diversité. Il en a profité pour rappeler certains principes à méditer et à mettre en pratique dans chacune de nos communautés diocésaines et paroissiales. 



I – LE MESSAGE DU PAPE

« N'ayez pas peur des différences » car « l’uniformité n'est pas chrétienne », a exhorté le pape qui a plaidé pour « l'unité dans la diversité » avec le paradoxe propre à l’unité de l'Église : « variée mais "une" grâce à l'Esprit-Saint qui fait l’unité dans la diversité ».

« L’unité ce n'est pas faire tout ensemble, ni penser de la même façon, encore moins perdre son identité », a-t-il précisé : « c'est reconnaître et accepter avec joie les divers dons que l'Esprit donne à chacun et les mettre au service de tous dans l’Église ». C'est « savoir écouter, avoir la liberté de penser différemment et l'exprimer. Avec respect pour l'autre qui est le frère ».

« L’Église a besoin de l'Esprit-Saint ! Tout chrétien, dans sa vie, a besoin d'ouvrir son cœur à l'action sanctifiante de l'Esprit-Saint qui conduit à Jésus. Est-ce que vous vivez cette expérience ? Partagez-la ! », a-t-il ajouté.


II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1/ Une fois encore, le Pape François, fidèle à son style simple et direct s’adresse à chacun d’entre nous et nous rappelle un certain nombre de principes à mettre en œuvre dans nos communautés.
Simples en apparence, ces rappels devraient pourtant véritablement bouleverser nos paroisses et nos diocèses s’ils étaient vécus en actes en non seulement en paroles.
On reconnaît bien là le style si particulier de François qui sous des airs de déjà entendu ou de fausse banalité, invite chaque homme de bonne volonté à changer sa manière de croire et de vivre. Évidemment, l’unité dans la diversité, suppose que cette diversité reste catholique : la diversité dans l’Église est celle des Apôtres à la Pentecôte qui délivrent le message de l’Évangile que l’on comprend dans toute la diversité des langues, pas la diversité de Babel, où l’on parlait toutes les langues qui manifestaient les diverses croyances des hommes.

2/ « L’unité ce n'est pas faire tout ensemble », « l’uniformité n'est pas chrétienne », voilà exactement ce que Paix Liturgique répète et demande inlassablement depuis tant d’années : vivre l’unité dans la diversité dans chacune de nos paroisses, avec nos différences, nos qualités et nos défauts sous l’autorité bienveillante du curé de paroisse, prêtre de tous et garant de l’unité paroissiale !
On voit bien que cette invitation du pape appliquée de manière très concrète à nos propres paroisses est exigeante et bouleverse nombre de conservatismes…

3/ « Savoir écouter, avoir la liberté de penser différemment et l'exprimer. Avec respect pour l'autre qui est le frère » : force est de constater que dans les faits, ces paroles du Pape demeurent purement théoriques dans l’écrasante majorité des paroisses et des diocèses. En France comme dans de nombreux autres pays.
À y regarder de près, ces paroles du Pape sont extrêmement fortes tant elles impliquent un changement de cap radical avec l’apartheid liturgique qui a globalement cours dans les diocèses de France depuis la fin des années 70 : « Retournez chez Lefebvre ! » ; « Allez pratiquez ailleurs dans les paroisses dédiées à ce rite » ; « Il n’y a pas de demande, ça n’intéresse personne, allez vous-en, laissez-nous tranquilles ! »… Autant d'amabilités débitées depuis 2007 par leur propre curé à tant de demandeurs de l’application du Motu Proprio dans leur propre paroisse !
En refusant toute écoute et expression des différentes sensibilités dans les paroisses, cet apartheid liturgique a, de fait, interdit la liberté de « penser différemment », asséchant ainsi le dialogue intra-paroissial – entre paroissiens mais aussi entre paroissiens et curé – et nourri une méfiance absurde si ce n'est un mépris revendiqué, donc une absence totale de respect, envers les familles attachées à la messe traditionnelle. Ce système d’exclusion est si profondément ancré dans nos paroisses qu’il semble aujourd'hui définitivement acté, tant dans l'esprit des adeptes de la ségrégation religieuse que dans celui, hélas, d'un certain nombre de victimes : que ce soient celles qui, le cœur endurci par les injustices subies, n'imaginent pas un seul instant aller parler au curé car « de toute façon il dira non et on est mieux entre nous » ou celles qui, atteintes du syndrome de Stockholm au point de se satisfaire de leur statut de dhimmis, trouvent toujours le moyen de justifier l'apartheid – « Pauvre M. le curé, s'il n'avait pas autant de travail et s'il ne craignait pas les foudres de l'évêque ou du conseil paroissial, je suis sûr qu'il ne serait pas contre... »

4/ Dans un petit livre intitulé Penser l’œcuménisme autrement (Via Romana, 2014), l’abbé Claude Barthe défend une pastorale de la diversité catholique dans l’unité. Il prône un autre œcuménisme qui serait un retour à la pastorale de l’uniatisme (réintégration dans l’unité romaine de communautés séparées) et un élargissement de cette pastorale au-delà des communautés séparées orientales auxquelles elle était réservée jadis. Prenant modèle sur un des actes marginal mais majeur de Benoît XVI, la réintégration dans l’Église catholique de communautés anglicanes (constitution apostolique Anglicanorum coetibus , 2009), il écrit : « Rien n’empêche de multiplier les Églises particulières (ou les communautés à statuts juridiques particuliers) ayant des modalités d’existence les plus diverses, même si elles ne regroupaient que peu de fidèles. Les Églises orientales catholiques en Occident ne sont-elles pas, parfois, de dimensions extrêmement réduites ? On peut prendre les exemples les plus variés de groupes vers lesquels cette pastorale pourrait s’étendre : tels ensembles de luthériens de Suède, de membres français de l’Église évangélique, de luthériens d’Allemagne, de chrétiens chinois nationalistes, de membres de la Petite Église en Charente, etc. La diversité légitime n’est pas un danger pour l’unité. En tout cas, les risques pour l’unité que comporte la contrainte d’uniformité, sont parfois supérieurs. Car pour étendre l’unité, on ne doit "rien imposer qui ne soit nécessaire" disaient les Apôtres lors de la controverse d’Antioche (Ac 15, 28). Pour le bien de toute l’Église, il peut être très fructueux que ceux que l’on invite à l’unité conservent la richesse de leurs traditions légitimes. » Cette refondation de l’œcuménisme est-elle trop ambitieuse ? En tout cas, bien plus modestement et plus facilement, peut-on considérer la vie selon la tradition liturgique latine comme parfaitement catholique et donc digne de trouver sa place dans nos paroisses ?

5/ C’est la question de fond : la liturgie traditionnelle et tout ce qui va avec – familles, écoles, séminaires, communautés religieuses et instituts sacerdotaux – est-elle ou n’est-elle pas catholique ? Si elle est expression de la loi de la prière et donc de la loi de la foi, elle est forcément une expression légitime de la prière et de la foi et même, selon l'esprit manifesté par Benoît XVI au moyen du motu proprio Summorum Pontificum, une espèce de mètre-étalon. Et c’est donc un abus intolérable de ne pas lui donner droit de cité. Ce qui veut dire, concrètement : droit de diocèse et de paroisse, droit dans le diocèse et la paroisse.
« Reconnaître et accepter avec joie les divers dons que l'Esprit donne à chacun et les mettre au service de tous dans l’Église », voilà un beau programme que l’on aimerait voir appliqué aussi à l’égard du peuple Summorum Pontificum, des prêtres des communautés Ecclesia Dei – ce qui signifie, par exemple, ne pas prétendre leur imposer le biformalisme – et des séminaristes et prêtres diocésains ostracisés en raison de leur attachement à la liturgie traditionnelle de l’Église voire de leur simple désir de participer activement au renouveau liturgique voulu par Benoît XVI.
Avec le pape, prions donc pour que chacun ouvre « son cœur à l'action sanctifiante de l'Esprit-Saint qui conduit à Jésus » !

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