Notre lettre 473 publiée le 20 janvier 2015

TOURNÉS VERS LE SEIGNEUR !  

L’évêque de Lincoln (Nebraska), Mgr James Conley, a célébré ad Orientem la messe de minuit en la cathédrale de Lincoln(1), expliquant aux fidèles : « Ceux qui viennent pour la première fois dans cette cathédrale remarqueront que je célèbre la messe d’une façon inhabituelle. Je célèbre avec vous, debout face à l’autel, de sorte que nous prions et offrons le sacrifice ensemble. La messe a été célébrée ainsi depuis les origines. C’est un rappel du retour du Christ que nous devons attendre et préparer. »

Ce choix de célébrer tourné vers le Seigneur, Mgr Conley l’avait expliqué au début de l’Avent dans le journal diocésain comme l’avait rapporté à l’époque le blog Notions Romaines
. Nous vous proposons cette semaine notre traduction du billet de l’évêque de Lincoln, suivi de nos réflexions.
 
 
I – LE BILLET DE MGR CONLEY
« Tournés vers l’Orient » (21 novembre 2014)
 


Notre Seigneur reviendra dans la gloire sur la terre.
 
Nous ne savons pas quand mais le Christ a promis qu’Il reviendra dans la gloire, « comme un éclair qui sort de l’orient », pour accomplir le plan voulu par Dieu pour notre rédemption.
 
En 2009, Mgr Slattery, évêque de Tulsa (Oklahoma), a écrit que l’aube de la rédemption a déjà paru mais que le soleil – le Christ Lui-Même – ne s’est pas encore levé dans le ciel. Dans l’Église primitive, les chrétiens attendaient la venue imminente du Christ – à tout moment. Ils vivaient dans une attente confiante. Ils étaient aux aguets et regardaient vers l’est au moment de Le prier. Et comme ils ne savaient pas quand Il allait revenir, ils proclamaient l’évangile avec urgence et enthousiasme, désireux de conduire le monde au salut avant Son retour.
 
Cela fait près de 2000 ans désormais que le Christ est monté aux Cieux. Et nous oublions volontiers qu’Il reviendra sur terre. Nous oublions facilement que nous devons attendre, guetter et nous tenir prêts.
 
En cette saison de l’Avent, où nous commémorons l’incarnation de Notre Seigneur le jour de Noël, nous sommes rappelés à préparer Son retour. Dans l’évangile du premier dimanche d’Avent, cette année [2014-2015, année B, ndlr], le Christ dit à ses disciples de veiller et précise : « Vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, […] il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. »
 
À chaque fois que nous célébrons le Saint Sacrifice de la messe, nous nous remémorons la venue du Christ. La Sainte Messe nous met en présence du sacrifice du Calvaire et de la joie de la gloire du Christ dans les Cieux. Nous nous rappelons ainsi que le Christ reviendra, que nous devons veiller, être vigilants, L’attendre et nous tenir prêts.
 
La messe est riche de symboles. Les vêtements du prêtre nous rappellent la dignité du Christ-Roi. En nous battant la poitrine, en inclinant la tête, en pliant nos genoux, nous nous remémorons notre condition de pécheurs, la miséricorde de Dieu et Son immense gloire. Lors de la messe, notre posture, debout, assis, à genoux, nous ramène constamment au plan éternel de Dieu pour nous.
 
Depuis les temps anciens, les chrétiens se sont tournés vers l’est durant le Saint Sacrifice de la messe pour se remémorer de se tenir prêts au retour du Christ. Ensemble, le prêtre et les fidèles contemplaient l’orient, attendant et guettant le retour du Seigneur. Même dans les églises qui n’étaient pas « orientées », le célébrant et l’assemblée étaient tournés dans la même direction, le regard porté sur le Christ – présent sur le crucifix, sur l’autel et dans le tabernacle –, pour se rappeler l’importance de préparer Son retour. La symbolique du prêtre et des fidèles tournés ad Orientem – vers l’Orient – est depuis longtemps un rappel de la seconde venue du Christ.
 
Récemment, il est devenu commun pour le prêtre et les fidèles de se faire face durant la messe. Le prêtre se tient derrière l’autel, face à l’assemblée, au moment de la consécration. Les fidèles voient le visage du prêtre lorsqu’il prie et lui voit leurs visages. Ces positions aussi peuvent avoir une portée symbolique. Elles nous rappellent que nous sommes une communauté – un seul corps dans le Christ. Elles nous rappellent que l’Eucharistie – placée au centre de la célébration – devrait être au centre de nos familles et de nos vies.
 
Mais la symbolique de regarder ensemble vers le Christ et de L’attendre, est riche, ancienne et importante. Pendant l’Avent, en particulier, alors que nous attendons la naissance du Seigneur, se tourner ensemble vers l’orient – vers l’autel et le crucifix – est un témoignage puissant du retour imminent du Seigneur. Aujourd’hui, alors qu’il est facile d’oublier que le Christ arrive – et facile de faire preuve de complaisance dans notre vie spirituelle et notre travail d’évangélisation – nous avons besoin de gestes qui nous rappellent sa venue.
 
Lors des dimanches de l’Avent, les prêtres de la cathédrale du Christ Ressuscité célébreront la messe ad Orientem. Avec le peuple de Dieu, les prêtres feront face à l’autel et au crucifix. Quand je célébrerai la messe de minuit à Noël, je célébrerai également ad Orientem. Cette façon de faire peut aussi avoir lieu dans différentes paroisses au sein du diocèse de Lincoln.
 
En célébrant ad Orientem, le prêtre ne tournera pas le dos aux fidèles. Il sera avec eux, parmi eux, à leur tête, tourné vers le Christ, guettant Son retour.
 
« Prenez garde, veillez, car vous ne savez pas quand ce sera le moment » dit Jésus (Marc 13, 33). Nous ne savons pas quand le Christ reviendra. Mais nous devons restez éveillés. Puissions-nous être « tournés vers l’orient » ensemble, guettant le Christ dans le saint sacrifice de la messe et dans nos vies.

La cahtédrale de Lincoln.
 
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
 
1) « Depuis les temps anciens, les chrétiens se sont tournés vers l’est durant le Saint Sacrifice de la messe pour se remémorer de se tenir prêts au retour du Christ. Ensemble, le prêtre et les fidèles contemplaient l’orient, attendant et guettant le retour du Seigneur » : le fait d’avoir choisi le temps de l’Avent, de l’attente de l’Avènement du Seigneur, pour expliquer le choix de célébrer vers l'orient le jour de Noël, est particulièrement opportun et intelligent de la part de Mgr Conley. Ce temps de l’attente du retour du Christ est en effet, et par excellence, celui où doit être signifiée symboliquement cette expectation.
 
2) De 1992 à 2012, le diocèse de Lincoln (Nebraska) a été efficacement conduit par Mgr Fabian Bruskewitz qui non seulement y a ouvert un séminaire diocésain florissant mais aussi permis l’érection du séminaire de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre aux États-Unis. Aujourd’hui émérite, Mgr Bruskewitz est toujours disponible pour les séminaristes, ceux du diocèse comme ceux de la FSSP. Riche en prêtres, le diocèse compte en outre de nombreuses écoles pleinement catholiques, attirant ainsi des familles qui viennent s’installer sur place pour y vivre une vie catholique authentique. La crise des vocations ne s’y fait pas sentir et, faut-il le préciser ?, la forme extraordinaire y est volontiers accueillie et célébrée. Successeur de Mgr Bruskewitz, Mgr Conley, ancien auxiliaire de Mgr Chaput à Denver et qui passa un an à Fontgombault au lendemain de sa conversion au catholicisme lorsqu’il était étudiant à l’université du Kansas, n’a pas eu de mal à suivre le cap fixé par son prédécesseur.
 
3) En 2006, les éditions Ad Solem publiaient la version française du livre de l’oratorien Uwe Michael Lang intitulé Tournés vers le Seigneur et préfacé par le cardinal Ratzinger avant qu’il ne devienne Benoît XVI. Ce livre réactualisait le travail de Mgr Klaus Gamber, Zum Hern hin! (Pustet, 1987), publié en français sous le titre repris par la suite par le P. Lang (Mgr Klaus Gamber - Tournés vers le Seigneur - éditions Sainte-Madeleine,1993). La préface du cardinal Ratzinger au livre du P. Lang, rédigée en 2003, commençait ainsi : « Pour le catholique pratiquant normal, la réforme liturgique du Concile Vatican II a eu essentiellement deux résultats: la disparition de la langue latine et l’autel tourné vers le peuple. Mais si l’on lit les textes conciliaires, on pourra constater avec étonnement que ni l’un ni l’autre de ces changements ne s’y trouvent sous cette forme » (2). Comme Mgr Conley, et comme précédemment Mgr Gamber, le P. Lang explique dans son ouvrage que c’est en vertu de l’attente de la seconde venue du Christ que nous nous tournons vers Lui. Si ce rappel est si important, c’est hélas parce que la messe n’est plus pour de nombreux catholiques, prêtres comme laïcs, qu’une simple commémoration et non un acte préparatoire au retour du Christ en gloire, contrairement à ce qu’elle représentait pour les premiers chrétiens. Les liturgistes considèrent que fidèles, clercs et célébrants, lors d’une messe « orientée », sont organisés en une procession statique qui avance spirituellement vers le Christ qui reviendra « comme un éclair qui sort de l’Orient et va vers l’Occident » (Matthieu, 24, 27).
 
4) « Ce n’est qu’à partir de l’adoration et de la glorification de Dieu que l’Église peut annoncer de manière adéquate la parole de vérité, c’est-à-dire évangéliser. [...] C’est bien pour cela que le premier document conciliaire était consacré à la liturgie. En cela le concile nous donne les principes suivants : dans l’Église, et de ce fait dans la liturgie, l’humain doit s’orienter sur le divin et lui être subordonné, de même le visible par rapport à l’invisible, l’action par rapport à la contemplation, et le présent par rapport à la cité future, à laquelle nous aspirons (cf. Sacrosanctum Concilium, 2). » Ces propos tenus par Mgr Schneider à Paris le 15 janvier 2012, et rapportés dans notre lettre 323, complètent eux aussi parfaitement ceux du cardinal Ratzinger et de Mgr Conley. Le courageux évêque auxiliaire de Sainte-Marie-d’Astana classait en conséquence la célébration face au peuple de la consécration parmi « les cinq plaies du corps mystique liturgique du Christ [...] qui représentent une rupture véritable avec une pratique liturgique constante depuis plus d’un millénaire » en ce sens qu’elles « mettent moins l’accent sur le caractère sacrificiel qui est pourtant bel et bien le caractère central et essentiel de la messe » que sur « le banquet » alors qu’elles ne sont pas inscrites dans les textes conciliaires mais « ont été introduites par la pratique d’une mode déplorable ».
 
5) Comme nous l’avons souvent écrit, la « réforme de la réforme » a toujours été le fait, non du sommet, mais de la base – essentiellement de prêtres qui voulaient graduellement revenir sur la désacralisation des messes de paroisses consécutive à la réforme liturgique. Sous Benoît XVI, même s’il n’y eu aucun acte législatif ou de gouvernement en ce sens, ces prêtres se sont sentis encouragés (notamment par le style des célébrations du pape, et spécialement par le fait qu’il donnait la communion de la manière traditionnelle). Aujourd’hui, soyons honnêtes, cet encouragement est au point mort. Mais ce mouvement de « retour », qu'il se traduise par des actes de restauration de la solennité de la liturgie ordinaire ou par la célébration de la liturgie traditionnelle continue. Le nombre des prêtres qui apprennent à célébrer la messe en forme extraordinaire ne cesse de croître et toujours plus de paroisses sont desservies par de jeunes prêtres qui usent d’ornements dignes, forment solidement les enfants de chœur, favorisent la communion sur la langue voire à genoux, réintroduisent le chant du Kyriale... et, n'hésitent pas à célébrer ad orientem, au moins en semaine.
 
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(1) Détail historique piquant : Angelo Giuseppe Roncalli, futur Jean XXIII, raconte dans son Journal de France, I – 1945-1948 (Cerf, 2006), qu’étant nonce apostolique en France, à la Noël 1948, il lui fut demandé de célébrer pontificalement à Notre-Dame de Paris la messe de minuit. Et, à son grand étonnement, on le fit célébrer… face au peuple.
 
(2) Cependant, alors même que le Concile n’était pas terminé, les célébrations face au peuple étaient devenues majoritaires.

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