Notre lettre 315 publiée le 27 décembre 2011

LA FORME EXTRAORDINAIRE S'INSTALLE À WINNIPEG, COMME ELLE POURRAIT S'INSTALLER DEMAIN DANS TOUTES LES PAROISSES DE FRANCE…

Capitale de la province canadienne du Manitoba, Winnipeg a renoué depuis la rentrée dernière avec la messe traditionnelle. Voici l'article que l'hebdomadaire catholique Prairie Messenger a consacré à cet événement le 21 septembre 2011, suivi de nos commentaires.


I – L'ARTICLE DE BRENDA SUDERMAN POUR LE PRAIRIE MESSENGER

Le 4 septembre, à l'heure de la messe, les bancs de l'église catholique romaine Sainte-Anne de Winnipeg étaient remplis de paroissiens désireux de prier dans une langue que la plupart ne comprennent même pas.

La messe de 10 heures, désormais hebdomadaire, y est dite en latin, célébrée par l'abbé Jeffrey Burwell, jésuite.

« Suivre la liturgie, même avec l'aide du missel, peut se révéler une expérience marquée par la grâce pour ceux qui n'ont pas d'expérience préalable de la messe traditionnelle ou n'y ont pas assisté depuis les années 1960 », explique le prêtre. « Il est néanmoins clair que les participants ont un réel désir de participer activement. Avec un tel dévouement, ils vont bientôt comprendre la liturgie dans toute sa plénitude. »

La forme extraordinaire du rite romain est le terme utilisé pour la messe traditionnelle en latin. Après le Concile Vatican II, qui a pris fin en 1965, les catholiques romains ont obtenu la permission de célébrer la liturgie dans leur propre langue, appelée la forme ordinaire.
« La langue de l'Église romaine est toujours officiellement le latin. Les autres religions ont des langues sacrées : l'islam a l'arabe, le judaïsme l'hébreu et l'hindouisme le sanskrit », explique l'abbé Burwell, 36 ans, qui enseigne les études catholiques à l'Université du Manitoba et a étudié le latin pendant son premier cycle à l'Université de Regina.

« Il y a quelque chose de particulier au sujet de la langue sacrée. Elle nous enracine dans notre tradition. »

Kateri Muys, l'une des paroissiennes, était désireuse de participer à la messe, après en avoir fait l'expérience lors de ses études à l'Académie Notre-Dame-Siège-de-la-Sagesse à Barry's Bay, dans l'Ontario.« Il n'y a vraiment rien de comparable », explique la jeune femme de 21 ans, habitante d'Oak Bluff. « Une fois que vous vous mettez à prier en latin, vous ne voulez pas revenir en arrière. »

Lors des deux premiers dimanches, c'est la messe solennelle, d'une durée de 75 minutes, qui a été célébrée. Mais, désormais, c'est la messe basse (1 heure) qui est célébrée, la messe solennelle demeurant réservée aux jours de fête, indique l'abbé Burwell.

La première messe officielle en latin à Winnipeg en près de cinq décennies a lieu avec le soutien de l'archidiocèse de Winnipeg et de Saint-Boniface, depuis que le pape Benoît XVI a déclaré que ceux qui veulent prier en usant de la liturgie latine traditionnelle puissent en avoir l'opportunité, a expliqué Monseigneur James Weisgerber, Archevêque de Winnipeg. « Nous avons été encouragés à les exposer à cela, à poursuivre cette tradition de l'Église. Mgr LeGatt (évêque de Saint-Boniface) et moi coopérons dans ce domaine parce que nous voulons rendre cette liturgie accessible à toute la communauté. »

Ordonné alors que le latin était encore largement utilisé, Mgr Weisgerber dit qu'il va s'efforcer de dépoussiérer son latin et de dépanner l'abbé Burwell le dimanche matin si nécessaire.

Le fait d'avoir déjà assisté à des messes traditionnelles à Londres, en Angleterre, et à Saint-Louis, dans le Missouri, a convaincu le Winnipégois John Cortens de rejoindre le groupe à Sainte-Anne le dimanche matin. « C'est vraiment très émouvant, très priant et très recueilli dans ces lieux », se souvient-il. « En comparaison, nous sommes un groupe hétéroclite tentant de faire la même chose à petite échelle. »

Pour Anselme Ragelti, qui sert comme enfant de chœur à Sainte Anne, les célébrations en latin sont aussi une occasion d'apprendre la liturgie d'une manière nouvelle. Contrairement à la forme ordinaire dans laquelle c'est l'assemblée qui répond au prêtre durant la liturgie, ce sont les six enfants de chœur qui récitent les réponses durant la messe traditionnelle.

« J'ai trouvé ça vraiment beau », explique ce garçon de 14 ans, à propos de ses expériences antérieures avec la forme extraordinaire lors d'un camp pour jeunes catholiques dans le Dakota du Sud. « Le latin est très beau et se transpose facilement en musique. »

L'homélie de l'abbé Burwell est dite en anglais, comme le sont les lectures de l'Écriture. Il est confiant dans le fait que ses nouveaux paroissiens vont devenir plus à l'aise avec le latin et bientôt connaître la différence entre le graduel et une génuflexion.

« Ceux qui assistent à la forme extraordinaire de la liturgie à Sainte-Anne se trouveront nourris à la fois par une belle célébration de l'Eucharistie sur l'autel et par la communauté d'amitié priante qui se forme dans les bancs de l'assemblée », conclut-il.



II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE


1) La première chose qui frappe dans le récit de cette application du motu proprio Summorum Pontificum, c'est que le célébrant est un jésuite. Et cette information en recoupe de nombreuses autres glanées de par le monde : la Compagnie de Jésus, dont l'un des traits distinctifs est, en principe, son vœu d'obéissance au pape, semble peu à peu entrer dans l'esprit de Benoît XVI et s'ouvrir à la réforme de la réforme. Pas encore de façon institutionnelle et massive mais par petits bouts et à la base. Prions pour que le mouvement s'amplifie et finisse par atteindre notamment la Province de France...

2) Des évêques désireux de soutenir la bienveillance du Pape : voici une autre des leçons de Winnipeg. Aussi bien Mgr Weisgerber, 73 ans, archevêque de Winnipeg, que Mgr LeGatt, 58 ans, archevêque de Saint-Boniface, ont tiré les leçons de l'instruction Universæ Ecclesiæ. Dès le mois de juin, ils ont invité les fidèles attachés à la forme extraordinaire de leurs diocèses, regroupés dans l'association Saint Grégoire II, à une rencontre pour discuter de la possibilité d'appliquer le motu proprio Summorum Pontificum. Et c'est de cette rencontre, organisée en juillet, qu'est née la célébration en l'église Sainte Anne.

3) Que ce soit volontaire ou non de la part de l'auteur, l'article du Prairie Messenger ne donne la parole, en dehors de l'archevêque de Winnipeg, qu'à des jeunes : l'abbé Burwell, l'enfant de chœur, l'étudiante... Ainsi, au Manitoba comme à Rome (voir notre lettre n°310), ce qui frappe l'imgination des observateurs, c'est l'attrait exercé par la forme extraordinaire sur la jeunesse. La preuve, une fois encore, que la liturgie traditionnelle est un outil à ne pas négliger dans la nouvelle évangélisation voulue par le Saint Père et un trésor pour toute l'Église, pas seulement pour ceux qui ont connu l'Église pré-conciliaire.

4 ) Et puis, sans vouloir gacher la fête des Winnipégois, indiquons toutefois que pendant de nombreuses années les fidèles demandeurs se sont vu objecter successivement que : ce n'était pas la volonté du Saint-Père de voir célébrer la messe "extraordinaire" dans les paroisses ; qu'il n'y avait d'ailleurs aucun lieu en mesure d'accueillir une telle célébration dans les environs ; que les fidèles qui le souhaitaient n'étaient pas assez nombreux, ou n'étaient seulement que quelques nostalgiques du passé ; ou encore qu'il n'existait "malheureusement" plus de prêtre de la région capable - ou désireux - de célébrer cette liturgie ; et, enfin, que le renouveau de ce type de célébrations ne serait pas compris par les catholiques des paroisses ce qui ne manquerait pas de faire de celles-ci une source de conflits au moment où les fidèles désireraient profondément la paix… Autant de fins de non-recevoir que de nombreux évêques continuent aujourd'hui encore, en France et ailleurs, à opposer aux demandeurs pour ne pas appliquer le Motu Proprio de Benoît XVI.

On comprend bien, alors, la dose de persévérance et d'abnégation qui fut nécessaire aux familles de Winnipeg désireuses de la messe traditonnelle. Cette belle mise en oeuvre du Motu Proprio, après ces années de demandes restées infructueuses, est une invitation à tous les groupes de demandeurs à ne pas se décourager, à reprendre leur bâton de pèlerin et à renouveler leur demande jusqu'à satisfaction.

Ce noyau de familles de Winnipeg sait aujourd'hui que toutes les excuses qui avaient été avancées n'étaient pas fondées et n'étaient que de fallacieux obstacles. Elles constatent que, tout au contraire, c'est l'unité paroissiale et la réconciliation qui ont progressé au sein d'une communauté catholique où des centaines de fidèles peuvent redécouvrir dans la joie un trésor presque totalement oublié.

L'application confiante et paisible de ce que propose le Saint Père est, finalement, la meilleure façon de donner tort aux arguments éculés des ennemis de la paix. En revanche, le refus de proposer l'expérience de la forme extraordinaire aux fidèles apparaît de plus en plus, pour les évêques récalcitrants, comme un signe de leur opposition au Saint Père.

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