Notre lettre 416 publiée le 3 décembre 2013

ACTUALITÉ DE JEAN MADIRAN : « TRÈS SAINT-PÈRE,
RENDEZ LE CATÉCHISME AUX PETITS ENFANTS ! »


« Laissez venir jusqu’à vous la détresse spirituelle des petits enfants : rendez-leur, Très Saint-Père, rendez-leur la messe catholique, le catéchisme romain, la version et l’interprétation traditionnelles de l’Écriture. Si vous ne les leur rendez pas en ce monde, ils vous les réclameront dans l’éternité... ».


Jean Madiran, Lettre à Paul VI, octobre 1972



Nous poursuivons cette semaine l’hommage que nous souhaitons rendre à Jean Madiran, rappelé à Dieu cet été, et que nous avons commencé dans notre lettre 412. Après l’Écriture, c’est au catéchisme que nous nous intéressons.


I – LA VACATIO CATECHISMI A ASSEZ DURÉ !


« Cela fait près d’un demi-siècle qu’officiellement, dans l’Église catholique, n’existe plus de petit catéchisme pour enfants baptisés ». Cette phrase de Jean Madiran concluait, le 8 février 2013, l’un de ses derniers articles pour Présent. Jusqu’à sa mort, le fondateur d’Itinéraires aura donc poursuivi son œuvre infatigable de défense des croyants face « à la défaillance générale de l’autorité ecclésiastique » (Réclamation au Saint-Père, NEL, 1974, page 17).

Dès ses premières campagnes d’information et de réflexion sur les conséquences directes ou indirectes de Vatican II, Madiran avait expliqué qu’en touchant à l’Écriture, au catéchisme et à la messe, c’était au « pain quotidien spirituel » des croyants que la hiérarchie catholique touchait. Or qui, plus que les petits baptisés, a besoin et faim de ce pain quotidien ? De fait, faute de catéchisme, écrivait Madiran le 8 février, « le germe s’étiole et meurt ».

Madiran avait des mots encore plus forts : « Laissez venir à vous la détresse spirituelle des petits enfants. Les enfants chrétiens ne sont plus éduqués, mais avilis par les méthodes, les pratiques, les idéologies qui prévalent le plus souvent, désormais, dans la société ecclésiastique ». En 1972, Madiran n’hésitait pas à dénoncer le « catéchisme falsificateur » des évêques de France (Réclamation au Saint-Père, page 22). En effet, l’absence de tout catéchisme officiel, entre 1965 et 1992, n’a malheureusement pas signifié l’absence de tout catéchisme puisque, de « fonds obligatoire » en « texte de référence », c’est tout un « parcours » (1) que l’Église de France a imposé aux petits baptisés et à leurs catéchistes.

La France s’était, en effet, tristement illustrée par la rédaction de parcours catéchétiques (le plus fameux d’entre eux étant Pierres vivantes, recueil catholique de documents privilégiés de la foi, 1981, remanié en 1985 et en 1994), parcours qui répandaient des idées fausses et creusaient le néant culturel quant au contenu du Credo (voir Jean Madiran, Histoire du catéchisme, 1955-2005, éditions CONSEP, Versailles, 2005).

Rendez-nous, disait Jean Madiran dans sa Lettre à Paul VI en 1972, « le catéchisme romain, celui qui, selon la pratique millénaire de l’Église, canonisée dans le catéchisme du Concile de Trente, enseigne les trois connaissances nécessaires au salut [le Credo (ce que nous devons croire) ; les Commandements (ce que nous devons faire) ; le Pater (ce que nous devons espérer)] (et la doctrine des sacrements sans lesquels ces trois connaissances resteraient ordinairement inefficaces) ». Comme si l’appel avait été finalement entendu, le cardinal Ratzinger fit en 1983, à Notre-Dame de Paris et à Notre-Dame de Fourvière, une conférence qui affirmait que le catéchisme devait s’organiser autour du commentaire du Credo, des sacrements, des commandements et du Pater, selon le schéma non dépassé du Catéchisme du Concile de Trente et du Catéchisme de Saint Pie X. En 1985, dans son Entretien sur la foi, le même cardinal disait : « Comme la théologie ne semble plus à même de transmettre un modèle commun de la foi, de même la catéchèse est exposée au morcellement, à des expériences qui changent constamment. Certains catéchismes et de nombreux catéchistes n’enseignent plus la foi catholique ».

Pas de surprise donc, si le Catéchisme de l’Église catholique (CEC), publié par Jean-Paul II le 11 octobre 1992 et dont le cardinal Ratzinger a coordonné la rédaction, est justement organisé selon le schéma du Catéchisme du Concile de Trente. Toutefois, il ne s'est accompagné, depuis, d'aucun catéchisme pour les enfants de sorte que – plus de 40 ans après sa Lettre à Paul VI et plus de 20 ans après la promulgation du nouveau Catéchisme de l’Église catholique – Jean Madiran, à la veille de sa mort, n’avait pas baissé la garde et continuait à réclamer un outil officiel adapté à l’instruction religieuse des petits baptisés.

Certes, de très nombreuses initiatives – parfois encouragées par des évêques (Mgr Lagrange, par exemple, a publié lui-même en 1998 un abrégé de la foi chrétienne : Je crois, Paroi-services) – s’étaient manifestées depuis le Concile. En 1993, les éditions Téqui ont mis en circulation un volumineux Livre Blanc qui regroupait de nombreux documents sur la crise des catéchismes et les réactions des évêques, étant poursuivie sans relâche une politique de publication ou de réédition d’instruments traditionnels. La Fraternité Saint-Pierre s’est distinguée par la publication d’un manuel très précieux, Les Trois Blancheurs (2). Les sœurs de la Fraternité Saint-Pie X et leur catéchisme par correspondance Notre-Dame de Fatima font également un travail remarquable en ce sens. Mais il s’agissait ou il s’agit toujours d’initiatives privées.

Sous la direction du cardinal Ratzinger, le CEC a, il est vrai, enfanté entre-temps un Compendium (2005), suivi d’une version assez discutable pour adolescents : Youcat (2011). Mais aucun de ces manuels ne répond à « l’absence de petit catéchisme pour enfants baptisés » qui constitue, selon les mots de Madiran, « une vacatio catechismi » dont « on n’aperçoit pas la fin ».

Au total, « il s’est creusé un gigantesque abîme d’ignorance  pour les deux générations qui n’auront pas été catéchisées, sinon par des occupations ludiques et des gentils découpages organisés par des dames pleines de bonne volonté mais incompétentes, s’appuyant sur des « parcours » au mieux totalement insipides. » Ce constat – que nous faisions dans notre lettre 228 du 2 mai 2010, à l’occasion d’un commentaire de l’Histoire du catéchisme, 1955-2005, du même Jean Madiran (op. cit., 160 pages) – recoupe celui fait aujourd’hui par l’Église, la crise du catéchisme étant l’un des aspects les plus frappants de la crise de l’Église et, plus précisément, de la lex credendi. En instaurant l’Année de la Foi, Benoît XVI écrivait ainsi dans le Motu Proprio Porta Fidei, que celle-ci devait « exprimer un engagement général pour la redécouverte et l’étude des contenus fondamentaux de la Foi qui trouvent dans le Catéchisme de l’Église catholique leur synthèse systématique et organique ».

En vertu de l’adage traditionnel rappelant le lien entre lex credendi et lex orandi, si souvent évoqué par le précédent Pape et maintenant par le pape François, nul ne s’étonnera donc que nous puissions écrire que la crise catéchétique est l’autre face de la crise liturgique. Cela est vrai, d’ailleurs, quelle que soit la forme liturgique que l’on considère. Parmi les tenants de la forme ordinaire (missel de Paul VI) dignement célébrée, qu’il s’agisse de l’association Pro Liturgia de la Communauté Saint-Martin ou de l’Opus Dei, la question catéchétique est tout aussi prioritaire qu’elle peut l’être chez les tenants de la forme extraordinaire. Dans de nombreuses paroisses ordinaires, et de moins en moins souvent en catimini, il est d’ailleurs fait recours aux supports « traditionnels », éprouvés par des générations de petits baptisés. La Fraternité Saint-Pierre, qui a fait depuis des années de l’« urgence catéchétique » l’un de ses apostolats prioritaires (voir le superbe album La Fraternité Saint-Pierre, réalisé lors des 20 ans de la FSSP, par Thomas Grimaux en 2008), ne fait pas mystère que son catéchisme, Les Trois Blancheurs, touche un public largement extérieur aux familles dites traditionalistes.

Il en va du catéchisme des enfants comme des séminaires : les années postconciliaires, les « années de plomb », ont fait une tabula rasa de ce qui, pendant des siècles, avait nourri et soutenu la société chrétienne. Aujourd’hui à nouveau, l’offre cherche un peu à répondre à la demande. Mais il faut se garder de penser que tout est résolu : en de nombreux diocèses s’est même manifestée en ce domaine, depuis une dizaine d’années, une réaction en faveur de l’« esprit du Concile », prétendant imposer à toutes les paroisses tel ou tel catéchisme déterminé, au mieux largement insipide. Or, en matière de catéchisme, la limite frappe les plus faibles, les plus démunis, les plus affamés de Jésus : les petits baptisés qui, depuis bientôt 50 ans, sont officiellement privés de petit catéchisme.



II - LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE


1) Il en est du catéchisme comme de la liturgie. Rome fixe un cap, exprime une volonté, siffle la fin de la récréation mais concrètement, dans les paroisses, même des années après, il n’y a aucun ou très peu de changement général, seulement des améliorations ici et là – remarquables certes mais marginales à grande échelle. La responsabilité de bon nombre d’évêques est totale dans le désastre catéchétique. Non seulement ces évêques, pères de leurs diocèses, n’ont pas nourri leurs enfants mais, circonstance aggravante, ils ont souvent réfréné (et, parfois, réfrènent encore aujourd’hui, hélas !) les bonnes volontés religieuses ou laïques qui souhaitent offrir un catéchisme fidèle à la foi de Pierre. Que l’on songe par exemple au mépris et au rejet pathologique que les évêques de France ont réservé, jusqu’à sa mort, à Jean Madiran…


2) Il faut avoir à l’esprit les résultats de cette crise sans précédent des catéchismes. Parmi les chiffres catastrophiques concernant l’état de l’Église de France, séminaires, nombre de prêtres, pratique dominicale, le plus inquiétant est l’écroulement continu du nombre des enfants catéchisés. Les années Jean-Paul II et Benoît XVI n’ont d’ailleurs pas constitué un palier, au contraire : l’arrivée à l’âge adulte de catholiques de la première puis de la deuxième génération du postconcile, générations décatéchisées, n’éprouvent aucun besoin d’instruire ou de faire instruire leurs enfants dans la foi.


3) S’il fallait une preuve de l’importance de la méthode dans la transmission du catéchisme, elle nous est donnée par le cardinal Ratzinger dans son introduction au Compendium du Catéchisme de l’Église catholique, en 2005 : « Une deuxième caractéristique du Compendium est sa forme dialogique, qui reprend un ancien genre littéraire catéchétique, fait de demandes et de réponses. Il s’agit de proposer à nouveau un dialogue idéal entre le maître et le disciple, par une série incessante de questions qui attirent le lecteur, l’invitant à avancer dans la découverte d’aspects toujours nouveaux de la vérité de sa foi. Le genre dialogique contribue aussi à abréger notablement le texte, le réduisant à l’essentiel, ce qui pourrait favoriser l’assimilation et la mémorisation éventuelle du contenu ».


4) Or, en matière de catéchisme, il est précisément un phénomène historique qui a considérablement aggravé les effets du concile Vatican II : la négation de la pédagogie classique dans tous les secteurs de la société au lendemain de mai 68. Les pédagogies nouvelles qui ont fait tant de ravages chez les écoliers ont aussi frappé l’enseignement du catéchisme. Dans son Histoire du catéchisme, 1955-2005, Jean Madiran a parfaitement illustré comment les outils catéchétiques des années 70-80, et ceux qui les ont utilisés, ont sciemment privé les catéchumènes de l’apprentissage des vérités de la foi pour les encourager à privilégier « l’expérience de la foi » dans une relation subjective avec le Christ qui, avant d’être « Fils de Dieu », était proposé comme « ton ami Jésus ». Sous prétexte d’adapter la religion à l’enfant et au monde, on a abouti au tour de force d’un catéchisme sans Pater ni Credo, d’une catéchèse sans catéchisme !


5) À tous égards, le combat en faveur de la restauration d’une liturgie catholique digne et tournée vers le Seigneur, qui passe par la large diffusion de la liturgie traditionnelle, est inséparable du rétablissement d’un catéchisme pleinement catholique. L’une des raisons de l’attraction qu’exerce aujourd’hui la forme extraordinaire du rite romain sur tant de jeunes catholiques, de « recommençants » ou de convertis, est la richesse théologique que cette liturgie exprime et à laquelle tous ces fidèles aspirent. En contrepoint, si une minorité de catholiques ordinaires ont, comme nos sondages l’ont montré,  un préjugé à l’encontre de la liturgie traditionnelle, c’est bien souvent parce qu’ils ressentent plus ou moins consciemment l’impréparation doctrinale qui est la leur face à cette lex orandi traduisant une lex credendi à laquelle ils sont peu à peu devenus étrangers. De fait, le « développement durable », si l’on ose dire, de la forme extraordinaire dans nos paroisses ne peut faire l’économie d’une redécouverte du catéchisme. Sous des aspects différents, il s’agit de donner pleinement aux âmes le pain de vie, le « pain quotidien spirituel ».



(1) « Fonds obligatoire », « Texte de référence », « Parcours » sont quelques-uns des supports de catéchisme substitués aux catéchismes antéconciliaires tout au long des années 60, 70 et 80.

(2) Les Trois Blancheurs sont un complément catéchétique et spirituel par correspondance (1ère édition en 1997). En 2013 a été lancée une nouvelle version, sous la forme de livres et cahiers d'exercices édités en fascicules séparés.




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