Notre lettre 722 publiée le 27 novembre 2019

LA LITURGIE, PEUT-ELLE INCENDIER LE MONDE ?

Lors de la 5ème Rencontre Summorum Pontificum, en préalable au pèlerinage Summorum Pontificum, le 25 octobre 2019, à Rome, dans le grand amphithéâtre de l’Université Augustinienne, est intervenue Natalia Sanmartin Fenollera pour donner une très remarquable conférence. Née en Galice, journaliste appartenant à la rédaction du grand journal économique espagnol Cinco Días, Natalia Sanmartin est une révélation littéraire internationale : elle s’est fait connaître par un premier roman, L’éveil de Mademoiselle Prim (Grasset, 2013), dont on espère qu’il en annonce bien d’autres, qui a eu un tel succès que l’éditeur espagnol, Editorial Planeta en a vendu les droits pour 70 pays dans le monde.

Son roman qui a pour cadre un petit village, du centre de la France, voisin d’une abbaye bénédictine où l’on célèbre la liturgie en latin (toute ressemblance avec une abbaye bénédictine sise dans l’Indre existant ou ayant existé serait purement fortuite…), village où l’on mène une vie antimoderne, culturellement, économiquement.

Natalia Sanmartin disait dans un entretien qu’elle a accordé à Paix liturgique : « La profondeur et la richesse de la messe traditionnelle peuvent aider à établir des liens avec une culture qui a toujours essayé de refléter la beauté en tant qu’attribut divin ». Dans sa conférence, elle a voulu répondre à la question : cette liturgie millénaire, qui possède si puissant élément poétique, peut-elle incendier le monde ?



Avant tout, je voudrais remercier le Père Díaz Patri pour cette présentation si généreuse et aimable ainsi que les organisateurs de ce congrès dont l'invitation a rendu possible ma présence ici aujourd'hui ici. Une invitation, comme l'a expliqué le Père Díaz, due, d'une certaine manière, au fait d'avoir écrit un roman qui raconte l'histoire d'un petit village habité par des rebelles en guerre contre la modernité, installés autour d'une abbaye bénédictine où est célébrée la liturgie traditionnelle. Ni le développement du récit ni les dialogues des personnages ne sont centrés sur le monastère, mais celui-ci est en quelque sorte, de façon presque latente, le cœur de l'histoire et la raison d'être du village. Ce qui est arrivé grâce à la diffusion du roman que j'ai écrit peu de temps après avoir découvert la messe traditionnelle a été surprenant ; mais ce qui m'a le plus frappée c'est que pour une bonne partie des lecteurs, ce fond de vieux catholicisme subjacent est passé inaperçu, comme la cape de Frodon [la cape elfique de Harry Potter, qui le rend invisible]. Ainsi en est-il de milieux catholiques étrangers, voire fortement contraires à la tradition qui ont applaudi le roman sans remarquer cet aspect-là ; ou de lecteurs d'environnements très différents et pas spécialement religieux, dont l'un d'eux (et c'est une anecdote réelle) m'a même demandé si la spiritualité qu'il percevait dans le livre était bouddhiste ; des librairies féministes ont interprété le livre à leur sauce et même des groupes protestants en ont discuté aux États-Unis, conscients de sa catholicité mais pas de sa défense de la tradition.


L'explication à tout cela peut être attribuée soit au caractère subtil du livre dont toute trace de catholicisme traditionnel est cachée dans ses pages, soit au fait que nous vivons à une époque où la plupart des personnes ne sont plus capables d'identifier la tradition catholique. Croyez-moi, le livre n'est pas subtil, même si au début tel était mon propos, mais il n'y a que les personnes subtiles pour écrire des livres subtils et ceux qui me connaissent savent bien que ce n'est pas mon cas, du moins lorsque je parle de religion.


La deuxième explication, c'est-à-dire, que nous vivons dans un monde ayant perdu les clés du catholicisme traditionnel, est bien plus vraisemblable et elle me rappelle une anecdote du cardinal Newman dans les premiers temps du Mouvement d'Oxford, lorsque même étant anglican, il essayait de récupérer une certaine catholicité pour les rites de l'Église d'Angleterre. Un beau jour, une dame de Cheltenham, près d'Oxford, s'est plainte auprès du directeur du collège de Newman du fait que celui-ci offrait des sacrifices tous les matins. Le directeur expliqua à la dame qu'il ne s'agissait que des prières du matin. « Non », a-t-elle répondu, « ce n'est pas cela ». Et Newman écrit : « Elle avait la certitude que nous tuions quelque chose, mais elle ne savait pas ce que c'était ».


La dame de Cheltenham n'était pas catholique, mais elle avait encore une certaine notion du concept de sacrifice, une notion obscure, mais assez définie pour être scandalisée par les mots de Newman. Elle était capable de se rendre compte que ces prières relevaient d'un sacrifice religieux, qu'on y parlait d'une victime, de quelque chose en rapport avec la mort, avec le sang et avec un rituel. Cent-cinquante ans plus tard, un catholique né après la réforme liturgique et formé par la catéchèse postérieure au IIème Concile du Vatican – et là, je parle à partir de ma propre expérience – peut facilement assister chaque dimanche à la messe, pendant des années, et ne pas se rendre compte qu'il participe à un sacrifice. Elle peut même écouter le mot sacrifice lors de cette messe, la seule messe qu'il ait connue, et ce terme peut passer pour lui inaperçu, caché sous une cascade de paroles, de gestes informels et d'explications qui rendent difficile l'approche du mystère qui se déroule à l'autel.

Or, on peut encore aller un peu plus loin. Il se peut que dans ce monde où nous vivons, ce monde numérique et disruptif, tellement durable, solidaire et inclusif, un jeune catholique ayant l'opportunité d'aller pour la première fois à une liturgie traditionnelle, contemple le prêtre offrant le sacrifice, qu'il remarque toutes les fois où il est fait mention du sacrifice pendant la messe, sans savoir néanmoins de quoi on lui parle ni ce qu'est ce qu'il contemple car le concept même de la messe comme rénovation non sanglante et mystique du sacrifice du Calvaire lui est absolument étrangère. Et cela n'est pas surprenant, puisque probablement il n'en a jamais entendu parler et ne pourra pas l'en déduire à partir de la liturgie que l'Église lui présente.


Comme le rappelle le Père Raymond-Léopold Bruckberger dans son Histoire de Jésus-Christ, un livre très important pour moi dans la découverte de ce qu'est vraiment la messe, nous ne croyons pas dans la rémission des péchés sans effusion de sang, nous ne croyons pas en une religion qui n'a pas en son centre une victime immolée. « Nous les chrétiens », écrit-il, « nous adorons un Corps glorieux qui porte encore les cicatrices des cinq plaies, car jadis, un jour parmi les jours, il a traversé violemment la porte de la mort pour entrer dans la gloire ». Oui, la dame de Cheltenham comprenait confusément, mais même ainsi elle comprenait quelque chose.


Arrivés à ce point-ci, une question évidente se pose. Comment peut-on transmettre tout cela à ceux qui ont grandi dans un monde majoritairement athée et auxquels il n'est proposé qu'un culte catholique exaltant le sentimentalisme et dont les homélies, les méditations, les cantiques et les prières ne transmettent bien souvent qu'une image rabaissée de la grandeur de Dieu ? Je citerai quelques exemples tirés des paroles de chansons religieuses d'un groupe de jeunes catholiques espagnols qui s'est formé pendant la JMJ du Brésil avec le soutien d'un prêtre, devenu aujourd'hui une association de fidèles.


« Je sais que j'ai eu tort de me fier à ma raison plutôt qu'à tes chemins » ; « Prends-moi dans tes bras, aujourd'hui je me laisse aimer » ; « Viens, viens, je veux danser avec toi » ; « Tu ne veux pas de moi maquillée ou essayant d'être la plus belle / et je me demande quelle sera ma propre beauté »; « Ouvre-moi la porte / introduis-moi dans tes entrailles / gentil, dévoué et humilié, tu me séduis » ; « Comme c'est merveilleux, tu m'as choisi / tu me suis comme un ivrogne amoureux » ; « Apprends-moi à danser avec toi / serre-moi sans peur dans tes bras / à chacun de tes clins d'œil le sourire devient mon illusion ».


Comment peut-on passer de cette expérience ou d'autres semblables à celle-ci, à l'intuition de la dame de Cheltenham ? La première réponse, c'est que cela serait toujours possible par la grâce de Dieu, bien sûr, mais il y a des manières de préparer le terrain, il y a pour ainsi dire, des voies, et je vais parler de celle qui m'a conduite vers la messe traditionnelle : la poésie.


Newman disait que l'Église est un poète pour ses enfants. « Son être même » écrivait-il, « est la poésie : chaque psaume, chacune de ses prières, chaque collecte, chaque verset, la croix, la mitre, l'encensoir sont l'accomplissement d'un rêve d'enfance ou d'une aspiration de jeunesse. Elle met à son service les poètes nés sous son ombre, elles leur demande d'écrire des hymnes ou de composer des cantiques ou d'embellir le culte ou bien d'agencer ou de diriger les cérémonies ; elle peut même les rendre scolastiques, comme Saint Thomas, transformant la logique en poésie ». Newman pensait que la religion révélée devait être essentiellement poétique et que la « vision poétique des choses » est une tâche proprement chrétienne.


La liturgie millénaire de l'Église possède un fort élément poétique, tout comme l'Écriture sainte. Il suffit de penser à la beauté effroyable, la poésie pouvant être terrible et pouvant nous terrasser, que nous percevons dans les psaumes. Cette beauté divine et poétique, mais redoutable, tout comme la sainte crainte de Dieu inspirée par le Dieu des Armées, est l'une des premières caractéristiques absentes des messes réformées. « L'eucharistie », écrit Bruckberger, « est un chef-d'œuvre poétique. Le Corps du Christ est dans le sacrement comme le poème est enfermé sur lui-même, il est impossible de n'y rien changer sans que sa présence et sa grâce ne disparaissent ».


La révérence, la crainte et le tremblement sont les réponses concrètes face au sacré, signale Dietrich Von Hildebrand dans un article écrit vers la fin des années soixante en défense de la messe traditionnelle, où les rénovateurs liturgiques sont taxés de « nationalistes du temps ». « La nouvelle liturgie », nous prévient-il, « en décourageant la révérence face au mystère, en éliminant l'étonnement et en éteignant presque le sens du sacré, menace de frustrer la rencontre avec le Christ. Ce qui importe vraiment n'est pas que le fidèle se sente comme chez soi, mais qu'il soit extrait de sa vie ordinaire et introduit dans le monde du Christ ». Et Von Hildebrand demande aux « nationalistes du temps » : « Cette nouvelle liturgie, évoque-t-elle le sens de l'éternité ? »


Wilfred Owen a été un poète britannique qui vécut l'horreur des tranchées pendant la Première Guerre mondiale. Il n'était pas catholique ; il grandit dans la religion de sa mère, une anglicane de la branche évangélique, et pendant sa première jeunesse il pensa à devenir pasteur. Sa vie fut brève, il mourut à 25 ans, une semaine exactement avant l'armistice, abattu sur le front de bataille. Ses vues religieuses sont assez hétérodoxes, mais dans quelques un de ses poèmes et de ses lettres perce une forte intuition du sacré. Si, comme l'a dit le cardinal Newman, la poésie est le refuge de ceux qui n'ont pas l'Église catholique, il est inévitable de ne pas voir une recherche désespérée d'abri, de refuge, dans la condition de poète d'Owen et d'autres semblables à lui. Après avoir passé un certain temps comme tuteur chez une famille française, avant la guerre, où il a probablement connu la liturgie catholique, il écrivait : « Les chrétiens évangéliques ont fui les chandeliers, le discret encens, les autels sereins, la musique mystérieuse, le rituel harmonieux, pour aller vers une puissante illumination électrique, une ambiance chauffée, (...) une musique forte et animée et un rituel hors du temps, mais je n'arrive pas à voir qu'ils soient plus près de Royaume ».


Owen peinait à voir dans les rites des évangéliques, de plus en plus dépouillés et stridents, une aide pour s'approcher du Royaume, tout comme nous ne réussissons pas à voir que le printemps liturgique que l'Église nous avait promis voici cinquante ans nous ait permis d'être plus près de Dieu. Soixante ans avant Owen, un Newman tout juste converti à l'Église catholique, écrit sur cette même expérience, en comparant les offices anglicans dépouillés à la liturgie catholique que l'Église d'Angleterre a abandonnée. Antiennes, hymnes, bénédictions, invocations... éliminées ; lectures de l'Écriture réduites à des récits ; « pesanteur, faiblesse et rigidité là où les rites catholiques », signale-t-il, « avaient la légèreté aérienne d'un esprit » ; des offices « qui furent une fois de la poésie » et qui « ne sont actuellement même pas de la prose commune ». Encore une fois, la poésie et la liturgie, la poésie et la messe.


Évidemment, la première chose qui nous vient à l'esprit en lisant des textes pareils, c'est que seulement celui qui a connu le rite traditionnel peut se rendre compte de ces déficiences. Seule la personne ayant vu les fresques originales de Giotto peut s'apercevoir des erreurs d'une mauvaise copie. Et cependant, nous tous aspirons à des choses avant de les connaître. L'amour, l'amitié, la beauté, l'éternité, le Dieu qui nous a créés, toutes ces choses peuvent être pressenties, en quelque sorte, de manière innée, leur absence est remarquée avant leur apparition, puisqu'elles sont inscrites dans notre cœur. Sous des couches et des couches d'idées erronées, de fausses doctrines, de catéchismes édulcorés, d'une praxis liturgique déficiente, de chansons légères, gît enterrée dans notre cœur la nostalgie de Dieu et l'aspiration que le trois fois Saint s'approche de nous, que le Ciel descende sur terre et nous soulève du sol. Mais tant que nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre intelligence et notre imagination continueront d'être alimentés par une idée banale de Dieu, nous serons loin de nous apercevoir que le culte que nous rendons à notre Créateur est bien au-dessous de celui que l'homme lui doit.


Lorsque nous lisons des paroles aussi belles et aussi chères que celles du psaume 109 : « Le jour où paraît ta puissance, tu es prince, éblouissant de sainteté : comme la rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré », et peu après, d'autres aussi terribles que celles-ci : « À ta droite se tient le Seigneur : il brise les rois au jour de sa colère. Il juge les nations : les cadavres s'entassent ; il brise les chefs, loin sur la terre »,  paraît devant nous une image de Dieu différente de celle que nous montre le bréviaire réformé, d'où sont absents ces versets ainsi que d'autres et des psaumes entiers, car, selon les mots du pape Paul VI, ils contiennent tous des « expressions d'une certaine dureté ». Mais le psalmiste avertit non seulement qu'il punira les rois, mais aussi qu'il condamnera les nations, que les cadavres s'amoncelleront, que des crânes seront brisés loin sur la terre. Et arrivent alors les deux derniers versets du psaume, si mystérieux, dont l'image saisissante nous frappe comme si elle mettait devant nos yeux le Lion de Juda : « Il boit au torrent sur le chemin, c'est pourquoi il redressera la tête ». Deux versets qui apparaissent dans le bréviaire réformé, mais ayant perdu toute leur force.


Et cependant, lui, Il est toujours le même. Le même prince engendré comme la rosée avant la naissance de l'aurore, le même qui pleurera sur Jérusalem et qui dira qu'il a voulu nous rassembler comme la poule ses poussins, le même qui sanglota devant le tombeau de Lazare ; celui qui s'est laissé bercer dans les bras de Notre-Dame et qui n'avait où appuyer sa tête est le même qui punit les rois, qui juge les nations, qui entasse les cadavres et brise les crânes loin sur la terre et qui ensuite boit au torrent et redresse la tête.


J'ai lu ces mots en retournant à la pratique religieuse après des années de m'en être éloigné. J'ai approché de la beauté tendre, violente et éternelle des psaumes et par la suite, je suis retournée au culte de l'Église et j'ai constaté que les psaumes ne cadraient pas dans ce culte. Ce ne fut pas immédiat, il ne s'est pas agi d'un choc esthétique, mais de quelque chose qui ressemblait plutôt à une absence, une gêne, l'intuition que cette clé-là, les psaumes, la face de Dieu que je voyais dans les Écritures ne s'ajustait pas à ce rite familier et horizontal. Il ne convenait même pas aux messes célébrées sobrement, les messes novus ordo que de nombreux catholiques de bonne volonté, aimant profondément l'Église, considèrent la solution de la crise liturgique ; ces messes ne suffisaient pas à la force et à l'amour ardent du Dieux des Armées, je n'y voyais pas la révérence due au trois fois Saint, celui devant qui nous devons tous nous prosterner, celui qui parle dans la brise, qu'aucun homme ne peut voir face à face sans mourir, celui qui a dit qu'il était venu mettre le feu à la terre et qu'il voulait que ce feu embrase la terre.


« Ce fut alors comme si la terre avait commencé à brûler », écrit le poète Heinrich Von Morungen à la fin du XIIe siècle dans l'un de ses minnesang, poèmes d'amour, où il chante l'amour humain, pâle reflet de l'amour divin, plus pâle d'autant qu'il est moins pur, mais qui même ainsi fait exclamer au poète : « ce fut alors comme si la terre avait commencé à brûler ». « Je suis celle qui pleure toujours / celui qui me fit aimer la vie », chante un autre minnesang, de Reinmar le Vieux. Le feu, les larmes, la loyauté, le désir d'éternité, sont des expressions de l'amour. « Je n'ignore pas comment naît l'amour ; mais c'est sa fin que je méconnais », chante le croisé et poète Albrecht Von Johannsdorf. Parler de l'amour humain, de l'amour d'une femme, mais comme ce concept de l'amour est différent de celui que nous présente le monde d'aujourd'hui et comme il évoque le langage de l'Écriture sainte. Et comme le concept de Dieu et de l'amour de Dieu que l'Église nous a présenté tout le long des siècles est différent de celui qu'elle nous propose actuellement.


L'amant médiéval qui sent la terre brûler est fort, c'est un guerrier, il déclare son amour même au risque d'être rejeté, il ne se cache pas, ne dissimule pas, ne prétend pas être courtisé, c'est lui qui prend l'initiative, c'est lui qui courtise, qui ne se rend pas. C'est celui qui fait pleurer sa dame lorsqu'il s'absente, celui qui réussit à faire aimer la vie à sa dame. Le Dieu des Armées qui est venu mettre le feu à la terre est fort, c'est un guerrier, il déclare son amour pour ses créatures même s'il peut être repoussé, il ne fuit pas, ne dissimule pas, il n'attend pas à être courtisé, il commande, il prend l'initiative, c'est lui qui courtise, qui nous fait pleurer lorsque nous croyons qu'il est absent et qui nous apprend à aspirer après la vie éternelle. C'est vrai, la poésie divine peut être terrible, mais c'est comme cela qu'elle doit être, car nous adorons un Dieu capable de nous faire tomber foudroyés, le cœur contrit pour ensuite nous relever et nous donner un cœur pur.


« Seigneur, j'ai aimé la beauté de ta maison ». Qui, du moins parmi ceux qui n'avons connu la messe traditionnelle que sur le tard, ayant grandi loin d'elle, qui n'a jamais été ému jusqu'aux larmes en contemplant la liturgie, qui n'a pas compris la tradition byzantine quand elle parle du ciel sur la terre, non seulement lors d'une célébration solennelle, mais bien souvent pendant une simple messe basse, en semaine, dans une église à demi vide, presque sans haleine après avoir couru pour y arriver à l'heure. Et même si ceux qui aimons la messe sommes souvent accusés d'esthètes, offrir quelque chose de beau à Dieu n'a pas grande chose à voir avec l'esthétique, mais avec l'amour et le tremblement.


« Il était une fois un homme qui dans son enfance avait entendu raconter la belle histoire de l'épreuve à laquelle Dieu voulut soumettre Abraham, et de la manière dont celui-ci supporta l'épreuve, garda la foi et contre tout espérance, récupéra à nouveau son fils », c'est ainsi que commence Crainte et Tremblement de Soren Kierkegaard. Comme lui, enfants, nous avons écouté cette belle histoire du sacrifice que Dieu a demandé à Abraham, nous avons appris dans de si nombreuses histoires saintes et bibles pour enfants le récit du long voyage vers le Mont Moriah, nous l'avons gardé dans notre imagination infantile bien avant de l'écouter et le lire dans le livre de la Genèse.


Je me souviens très bien que la première fois où j'ai assisté à la messe traditionnelle j'ai pensé à Abraham offrant le bélier à Dieu ; en contemplant le moment de l'élévation, j'ai pensé d'abord au sacrifice d'Abraham et ensuite au sacrifice du Christ au Calvaire et pour la première fois j'ai compris que l'un était la préfiguration de l'autre. La liturgie, peut-elle catéchiser ? Peut-elle mettre le feu au monde ? Oui, bien sûr qu'elle peut le faire, même si ce n'est pas sa mission la plus importante. Car elle, dans toute sa beauté, dans son éternelle poésie, n'est pas principalement pour nous mais pour Dieu.


PS : Signalons qu'à la fin de cette communication la salle entière du grand amphi de l'Augustinianum  à fait une véritable Standing ovation à celle qui venait de prononcer avec fougue et enthousiasme  une communication tout à fait exceptionnelle . Merci Natalia !


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