Notre lettre 663 publiée le 3 octobre 2018

LA FORME EXTRAORDINAIRE POUR RÉPONDRE A L' HÉMORRAGIE DES FIDÈLES


En prélude aux rencontres Summorum Pontificum, à Rome, le 26 octobre


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Alors que se profilent les rencontres romaines de Paix Liturgique, Juventutem et Una Voce, en prélude au septième pèlerinage international du peuple Summorum Pontificum, nous sommes heureux de vous offrir une partie des réflexions délivrées l’an dernier par don Roberto Spataro, professeur à l’université salésienne de Rome, à l’occasion du pèlerinage des groupes Summorum Pontificum piémontais. L’extrait que nous vous proposons introduit en effet parfaitement le thème de ces rencontres, à savoir la photographie du motu proprio de Benoît XVI à travers le monde. Le titre de la conférence de don Spataro était « La messe traditionnelle et la vie de l’Église contemporaine » et commençait précisément par quelques considérations sur la vitalité de la liturgie traditionnelle à travers le monde. Nous remercions les organisateurs de ce pèlerinage et don Roberto pour nous avoir autorisés à partager ce texte.
 
I – Extrait de la conférence de don Spataro lors du pèlerinage 2017 des groupes Summorum Pontificum du Piémont à Colle don Bosco
 
Chers amis,
 
Très heureux de prendre la parole devant vous en ce jour et en ce lieu, je tiens à remercier de tout cœur les organisateurs de cette journée. Ici, tout nous parle de don Bosco, un saint eucharistique qui considérait la Sainte Messe, la communion fréquente et la dévotion eucharistique comme les piliers de son projet éducatif.
Sous son regard bienveillant, je voudrais aborder le thème qui m’est confié aujourd’hui en partant de l’indémodable Catéchisme de saint Pie X, lumière indispensable pour distinguer les vérités de la foi des enseignements erronés que diffusent même certains pasteurs de l’Église réputés. On lit ainsi dans ce précieux ouvrage que : « Tout chrétien doit avoir pour l’Église un amour sans limites, se regarder comme heureux et infiniment honoré de lui appartenir, et travailler à sa gloire et à son accroissement par tous les moyens qui sont en son pouvoir. »
Eh bien, parmi les moyens qui sont en notre pouvoir pour accroître la gloire de l’Église, épouse bien-aimée de Notre Seigneur Jésus-Christ et notre Mère, nous avons choisi – mus par l’amour et seulement par lui, libres de tout esprit de vengeance ou de zèle amer qui sont des tromperies par lesquelles le diable veut nous attirer – de promouvoir la messe dans la forme extraordinaire du rite romain. Nous sommes en cela encouragés par l’enseignement du grand pape que je n’hésite pas à qualifier de Doctor Ecclesiæ et qui, par le motu proprio Summorum Pontificum auquel nous rendons hommage aujourd’hui, a rendu toute sa dignité à cette forme de célébration du Saint Sacrifice. Oui, chers amis, la messe tridentine est et sera toujours plus bénéfique à l’Église contemporaine pour plusieurs raisons que je voudrais illustrer sans toutefois prétendre vous offrir une photographie complète de sa place dans l’Église. Seul le Saint-Esprit sait précisément ce qui se passe aujourd’hui dans l’Église ! Grâce à Dieu, dirais-je... Je me limite donc à vous signaler certains des phénomènes qui me semblent importants en les mettant en relation avec la liturgie traditionnelle.

 
L’augmentation du nombre de fidèles
 
Le premier fait que je voudrais considérer est l’augmentation du nombre de catholiques. L’annuaire pontifical de 2016 donne les chiffres de 2014. J’éviterais de vous inonder de chiffres, d’abord parce que cela est souvent ennuyant et ensuite parce que le Bon Dieu n’aime pas ces calculs derrière lesquels peut se cacher un peu de triomphalisme arrogant comme le comprit le Roi David après avoir ordonné non sans vanité le recensement de son peuple. Trois indications ressortent de la lecture pondérée de ce recueil.
La première, surprenante, est que le nombre de catholiques augmente en moyenne de façon légèrement supérieure à celui de la population mondiale. Sans considérer l’augmentation du nombre des baptisés des autres confessions chrétiennes, cela suffit pour l’instant, du moins numériquement, à contrebalancer l’augmentation du nombre de fidèles de l’Islam pour lequel, toutefois, nous ne disposons pas de statistiques fiables. Cette augmentation, nous la devons principalement à la fécondité des familles catholiques, en particulier – mais pas seulement – en Afrique : bienvenues alors les couples catholiques qui prennent au sérieux leur vocation à la procréation ! La seconde est l’augmentation des fidèles quasi exponentielle en Afrique et sensible en Asie. La troisième est le signal d’un déclin en Amérique latine, sans doute insuffisamment mesuré par les statistiques officielles, dû au passage aux sectes évangéliques pentecôtistes.
Et alors, me direz-vous, en quoi ceci concerne-t-il la messe traditionnelle ? Reprenons ces trois indications.
 
A) Tout d’abord, la fécondité des familles catholiques qui participent à la messe traditionnelle est évidente. Si on se rendait dans les pays où elle est le plus diffusée, la France et les États-Unis, on noterait la présence massive de couples plutôt jeunes avec au moins trois enfants. C’est-à-dire qu’il existe un lien entre l’adhésion des époux catholiques à l’enseignement traditionnel de l’Église sur le mariage, dont les fins premières sont la procréation et l’éducation catholique des enfants, et la forme extraordinaire de la messe qui est perçue comme partie intégrante et centrale de cette tradition doctrinale. Par ailleurs, si nous entrions dans les maisons de ces familles, généralement très accueillantes, nous respirerions une atmosphère pure, celle d’une véritable Église domestique, comme le demande le Concile Vatican II sur la base des anciens Pères de l’Église et du Magistère précédent, où les enfants ne sont pas pourris gâtés et dramatiquement livrés à eux-mêmes et où les parents, un homme et une femme, ne sont pas des rabat-joie, mais des personnes sérieuses et aimables. L’équation est simple : plus il y a de messes traditionnelles, plus il y a de familles catholiques ; plus il y a de familles catholiques éduquées par la liturgie traditionnelle, plus il y a de sérénité familiale.
 
B) Considérons ensuite les catholiques africains et asiatiques. Avec leur entrée dans le catéchuménat, ils apportent un sens authentique et inné du sacré, exprimé aussi bien dans la pratique des religions traditionnelles et animistes en Afrique que dans l’approche philosophique que les Asiatiques ont de la vie, mais cependant incomplet et de ce fait ouvert à cette perfection que leur offre la Révélation chrétienne. Or ce sens du sacré constitue, comme nous le savons bien, l’une des caractéristiques principales de la liturgie traditionnelle. Les catholiques africains et asiatiques aiment le latin, dans le grégorien comme dans la forme extraordinaire ou dans la forme ordinaire célébrée selon les rubriques du missel, parce qu’ils le perçoivent comme une langue sacrée adéquate pour parler de Dieu, et à Dieu, dès lors qu’ils ne le perçoivent pas comme une langue commune ou la langue d’un pays colonial européen envers lequel pourrait subsister quelque méfiance. Et, lorsqu’ils découvrent la forme extraordinaire, beaucoup d’entre eux s’en réjouissent. Je vous en parle par expérience directe. Je pense à une jeune Chinoise, convertie au catholicisme. Venue en Europe pour y étudier la philosophie, elle fit connaissance, à Vienne, d’un dominicain qui célèbre le Vetus Ordo. Elle est aussitôt tombée amoureuse de cette liturgie qui, pour elle qui a connu le catholicisme à l’âge adulte, lui est apparue comme étant la forme la plus complète et appropriée unissant la lex credendi à la lex orandi. J’ose donc croire que le succès de l’œuvre d’évangélisation à laquelle le Saint-Père actuel semble si attaché – lui qui a consacré sa première exhortation apostolique à la « joie de l’Évangile » et a fait de « l’Église en sortie » un heureux mot d’ordre de sa pastorale – passe aussi par la diffusion de la liturgie latine et grégorienne.
 
C) Venons-en à la dernière observation : le déclin des catholiques en Amérique latine, continent qui, à moins d’une inversion de tendance, cessera bientôt d’être le continent comptant le plus grand nombre de catholiques. Déjà, dans deux pays d’Amérique centrale, le Honduras et le Salvador, les catholiques ne représentent plus que moins de la moitié de la population en raison du prosélytisme agressif des pentecôtistes et d’autres causes connexes. La messe traditionnelle pourrait être un remède à cette pénible hémorragie de fidèles. [Don Spataro présente alors à son auditoire l’intervention d’un fameux publicitaire brésilien, Alex Periscinoto, devant la Conférence épiscopale brésilienne, texte que nous avons présenté et diffusé dans notre lettre 487 du 29 avril 2015.] Pour résumer, le publicitaire déclara que pour récupérer les fidèles perdus, l’Église devait afficher une identité forte et claire et une différence indiscutable avec les autres dénominations chrétiennes, sans jeter ingénument ou stupidement aux orties tous ces signes extérieurs que la Tradition – et par Tradition, j’entends Pères de l’Église, martyrs, confesseurs, saints, piété populaire, docteurs et théologiens – a transmis pour diffuser le message du Salut : cloches, habit sacerdotal ou religieux, processions, architecture des églises, etc. Une messe authentiquement catholique, n’imitant pas les cultes protestants, comme cela arrive parfois dans le Novus Ordo quand les abus liturgiques s’accumulent sans retenue, appartient à ce patrimoine. [Et don Spataro de citer ces paroles d’Alex Periscinoto :] « Vous avez changé la messe. Aujourd’hui, la messe n’est plus en latin et le prêtre se trouve face au public. J’ai une mauvaise nouvelle pour vous : ma mère n’a jamais ressenti que vous lui tourniez le dos ; elle pensait que vous étiez face à face avec Dieu. Elle aimait le latin, même sans rien y comprendre. Pour elle, c’était un langage. Un langage mystique dans lequel vous parliez avec le Seigneur. À la fin de la messe, quand vous vous retourniez et bénissiez toute l’assemblée, elle se sentait heureuse et récompensée d’être restée une heure à genoux. […] Ce changement réalisé dans l’idée d’élargir votre public ou de mieux vous y adapter a été, à mon avis, une énorme erreur. Je peux me tromper, je ne suis pas un théologien, juste un spécialiste du marketing. Et, de ce point de vue, cela a été un désastre. »
 
Bref, pour éviter la fuite des fidèles, au lieu d’inventer une pastorale aussi fumeuse que mielleuse, inconsistante et maladroitement à la poursuite d’un monde occupé à bien autre chose que ce qu’ont pu imaginer ces stériles commissions pastorales autoréférentielles qui pullulent dans certaines conférences épiscopales, peut-être suffirait-il de multiplier sereinement et en toute confiance l’offre de la forme extraordinaire du rite romain. Toute chapelle où le Saint Sacrifice de la Messe est offert avec foi et dévotion selon l’usus antiquior est un véritable « hôpital de campagne » où est administré le médicament qui guérit et restaure : la grâce de la Passion et de la Mort de notre Seigneur Jésus-Christ. [...]



 
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
 
1) Loin de nous l’idée de croire que la messe traditionnelle peut, à elle seule, enrayer l’effondrement de l’Église en Europe. Mais il est clair, qu’elle est un remède particulièrement important. Dans la mesure où cette crise a pour raison la plus fondamentale la relativisation de la foi, l’adage lex orandi, lex credendi joue ici pleinement : la liturgie la plus solide doctrinalement est une catéchisation vivante pour le peuple chrétien. « Oui, chers amis, la messe tridentine est et sera toujours plus bénéfique à l’Église contemporaine » : comme il est doux d’entendre de telles paroles dans la bouche d’un prêtre dont la vocation ne s’est pas formée autour de la question liturgique ! Salésien, don Spataro n’a appris à goûter, puis à célébrer, la liturgie traditionnelle que sous le pontificat de Benoît XVI.
 
2) « L’équation est simple : plus il y a de messes traditionnelles, plus il y a de familles catholiques ; plus il y a de familles catholiques éduquées par la liturgie traditionnelle, plus il y a de sérénité familiale. » Cette considération de don Spataro rejoint celles que nous faisions dans notre lettre 650 présentant un « Bref panorama de la Tradition en France », notamment lorsque nous évoquions le poids et le rôle des familles dans la résistance liturgique, catéchétique et doctrinale des années 50/60/70 comme dans la reconquête en cours depuis les années 2000. En Italie, où la famille nombreuse et les jeunes couples avec enfants sont devenus des raretés, cette observation est particulièrement pertinente.
 
3) Don Spataro cite ensuite le potentiel de la liturgie latine et grégorienne en Afrique et en Asie. C’est précisément ce que nous avons mesuré lors de notre reportage au Bénin, en rendant visite à l’abbé Laurent Guimon, missionnaire auprès des Sœurs contemplatives de Jésus-Eucharistie. C’est aussi ce que nous avons vu à Singapour, mais aussi à Hong-Kong et Taipei où nous nous sommes rendus en mai 2018. C’est aussi ce dont témoignera à Rome le 26 octobre l’abbé Charles Ike, premier prêtre ordonné sur le sol africain pour la Fraternité Saint-Pierre, lors des rencontres que nous organisons avec les fédérations internationales Juventutem et Una Voce. Comme l’a bien compris don Spataro, nonobstant les différences culturelles, la solennité, la solidité et la beauté de la liturgie traditionnelle sont immédiatement perceptibles et appréciables par tous les fidèles, ce qui explique son essor depuis 11 ans.
 
4) Pour ceux qui ne la connaissent pas, nous recommandons vivement la lecture de la conférence faite en 1977 par Alex Periscinoto, le « Jacques Séguéla brésilien », interpellant les évêques à propos de leur responsabilité sur ce point, au cours d’une assemblée générale de la conférence épiscopale de son pays : « Vous avez changé la messe. Aujourd’hui, la messe n’est plus en latin et le prêtre se trouve face au public. […] Maintenant, en faisant face au public, vous perdez une partie de la mystique liée à ce face-à-face avec Dieu. […] Ce changement réalisé dans l’idée d’élargir votre public ou de mieux vous y adapter a été, à mon avis, une énorme erreur ». Et en effet, le public a fondu et continue à fondre comme neige au soleil de Rio.
 


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