Notre lettre 638 publiée le 3 avril 2018

PRÉPARATION DU SYNODE DES JEUNES : OÙ L’ON VOIT LA PLACE DE LA LITURGIE TRADITIONNELLE POUR L’AVENIR

En fin d’année, Rome accueillera le synode voulu par le pape François sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Annoncé depuis plus d’un an, cet événement a fait l’objet d’une réunion de préparation du 19 au 24 mars 2018, à laquelle ont participé 300 délégués. Répartis en six groupes linguistiques, ceux-ci ont contribué à la rédaction d’un document qui devra guider les Pères synodaux lors de leurs futurs travaux. 

Au-delà du classique encadrement d’un tel document par la direction du Synode des Évêques – 15 thèmes préalables avaient été soigneusement définis par le Secrétariat du Synode et les délégués ne représentaient qu’une partie sélectionnée de la jeunesse catholique (pas de Scout d’Europe par exemple mais un délégué issu du très peu représentatif MRJC qui avait suscité un tollé par son communiqué du 19 janvier contre la Marche pour la vie en présentant l'avortement comme un « droit fondamental ») – l’aspiration de la jeunesse à une foi authentique, soutenue par une liturgie digne, priante et faisant une place au silence, y a malgré tout trouvé un écho.


I – Ce que le document final dit de la liturgie
(Zenit offre ici une traduction de ce document final)

Seuls quatre des 15 points du rapport final de cette réunion pré-synodale évoquent directement la question de la prière et de la liturgie. Il faut dire que ce document est truffé de considérations sociologiques, en particulier dans la première partie sur les « Défis et opportunités des jeunes dans le monde d’aujourd’hui » mais aussi dans la deuxième intitulée « Foi et vocation, discernement et accompagnement ». Outre la propension des instances de l’Église à parler selon les catégories du monde, la présence à la demande du pape François de non-catholiques parmi les délégués peut expliquer cela. Il demeure de ce fait remarquable que la question liturgique surgisse tout de même dans deux des cinq points de la partie finale consacrée à l’« Action éducative et pastorale de l’Église ». Sans doute parce que les jeunes sentent bien que la liturgie, ce n’est pas que la messe mais aussi, comme nous le soulignons souvent, « ce qui va avec ». Un style et une direction pastorale, notamment.

7. La Foi et l’Église 
Dans certaines parties du monde, de nombreux jeunes quittent l’Église. Il est crucial de comprendre ce phénomène pour aller de l’avant. Les jeunes qui sont déconnectés de l’Église ou qui la quitte le font après avoir expérimenté l’indifférence, le jugement ou le rejet. Parfois, certains assistent, participent ou quittent une messe sans expérimenter le sens de la Communauté ou de la famille dans le Corps du Christ. Les chrétiens professent un Dieu vivant mais certains assistent à des messes ou appartiennent à des communautés qui semblent mortes.

9. Le discernement vocationnel
Beaucoup de facteurs influencent la capacité des jeunes à discerner leurs vocations. (...) Passer du temps en silence, dans l’introspection et la prière, ainsi que la lecture des Écritures et l’approfondissement de la connaissance de soi sont des opportunités que très peu de jeunes saisissent. Il faudrait faire plus de place à ces propositions.

14. Les initiatives à renforcer 
Nous avons soif d’expériences qui ancrent notre relation à Jésus dans le monde réel. Les initiatives qui rencontrent du succès nous offrent une expérience de Dieu. C’est pourquoi nous répondons à des propositions qui nous offrent une compréhension des sacrements, de la prière et de la liturgie, afin de partager et de rendre compte convenablement de notre foi dans un monde sécularisé. Les sacrements sont d’une grande valeur pour nous qui désirons développer le sens plus profond de ce qu’ils signifient dans nos vies.

15. Les instruments à utiliser 
L’Église doit adopter un langage qui intègre les fonctionnements et les cultures des jeunes pour que toutes les personnes aient l’opportunité d’entendre le message de l’Évangile. Cependant, nous sommes passionnés par différentes expressions de l’Église.Certains mettent l’accent sur la prière à l’Esprit Saint, notamment au travers des mouvements charismatiques. D’autres préfèrent le silence, la méditation et les liturgies traditionnelles.Tout cela est bon et nous aide à prier de différentes manières. À l’extérieur de l’Église, de nombreux jeunes cherchent une spiritualité qui les satisfait, l’Église devrait être là pour les appeler et leur donner les bons instruments.


Pèlerinage de Chartres (photo Notre-Dame de Chrétienté)

II – Les réflexions de Paix Liturgique


1) Il faut avoir d’abord conscience du contexte dans lequel va se dérouler l’assemblée du Synode sur les jeunes : celui d’une indifférence massive vis-à-vis du catholicisme, en particulier en Europe. L’Institut catholique de Paris et l’université catholique londonienne St Mary’s de Twickenham ont réalisé une étude sur les jeunes et la religion dans 21 pays européens, plus Israël. Les résultats dépassent les évaluations les plus pessimistes. Une majorité de jeunes déclarent être tout simplement sans religion. En France, ils sont 64% à se déclarer sans religion, contre 23% de catholiques et 10% de musulmans. Quant à la pratique religieuse réelle (l’assistance à la messe tous les dimanches), selon un sondage Ipsos pour La Croix, 12 janvier 2017, il est, tous âges et implantations géographiques confondus, de 1,8%. C’est donc dans un mouvement de réforme très profond que devra le plus tôt possible s’engager l’Église, avec notamment une revitalisation de la liturgie pour lui faire retrouver ses vraies racines. De cela, il ne sera bien évidemment pas question dans l’assemblée du Synode, qui sera un Synode pour rien. Mais nous pouvons mettre en valeur les points encourageants exprimés par les jeunes délégués, qui pourront être utilisés lorsque sera venu le temps de mettre en œuvre une vraie pastorale pour la jeunesse.

2) Les jeunes sélectionnés pour préparer l’assemblée du Synode pensent que de nombreux jeunes s’éloignent de l’Église, notamment en raison de messes ou de communautés « qui semblent mortes » (point 7). Mais ils affirment la « grande valeur » des sacrements (point 14) et l’opportunité que le silence représente pour mieux prier (points 9 et 15). Ce que les délégués de cette réunion pré-synodale affirment, c’est que la liturgie n’est pas accessoire pour eux. Leurs considérations illustrent combien ils ont instinctivement conscience de la place centrale que la liturgie tient dans leur rapport à l’Église. Pour eux, et comme l’a inlassablement enseigné le pape Benoît XVI, la liturgie est bien « source et sommet de la vie de l’Église » (Sacrosanctum Concilium, 10).

3) Cette soif liturgique des jeunes catholiques explique en grande partie le succès que la liturgie traditionnelle rencontre auprès d’eux et que le point 15 du rapport reconnaît explicitement. C’est d’ailleurs un petit miracle que ce signe des temps apparaisse dans ce document alors qu’un seul des 300 délégués – Bertalan Kiss, président de Juventutem International – vit expressément sa foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain. Ce n’est bien entendu pas une surprise pour nous, ni pour le pape Benoît XVI qui, dans sa Lettre aux évêques sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de Paul VI, justifiait ainsi sa décision de promulguer le motu proprio Summorum Pontificum : « Aussitôt après le Concile Vatican II, on pouvait supposer que la demande de l’usage du Missel de 1962 aurait été limitée à la génération plus âgée, celle qui avait grandi avec lui, mais entretemps il est apparu clairement que des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement. C’est ainsi qu’est né le besoin d’un règlement juridique plus clair, que l’on ne pouvait pas prévoir à l’époque du Motu Proprio de 1988. »

4) Que la liturgie traditionnelle soit mentionnée explicitement au nombre des « instruments à utiliser » pour rapprocher les jeunes de l’Église est vraiment une bénédiction en ce temps pascal. Bertalan Kiss, dans un entretien donné à Edward Pentin, du National Catholic Register donne une lecture originale et volontairement provocante de cette relation entre les jeunes et la tradition, estimant que c’est parce qu’ils sont « progressistes » que les jeunes sont attachés au motu proprio Summorum Pontificum : « Nous sommes les vrais progressistes dans le sens où nous n’avons pas peur d’utiliser les différents éléments du patrimoine de l’Église. Il ne s’agit pas pour nous de renouer avec un passé que nous n’avons pas connu mais d’aller de l’avant en proposant quelque chose qui est une nouveauté pour les jeunes générations. » On rejoint là l’expression « la nouvelle messe de Benoît XVI » souvent entendue dans les paroisses au lendemain de 2007.

5) « Nous sommes passionnés par différentes expressions de l’Église » indique le document final de cette réunion pré-synodale (point 15). Cette affirmation rejoint l’ancienne conviction catholique qu’il y a de la place pour tous dans la maison du Seigneur. C’est là l’un des fondements de l’action de Paix Liturgique, que le pape Benoît XVI a parfaitement su interpréter en fondant son motu proprio sur le libre accès aux trésors de l’Église: « Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Église, et de leur donner leur juste place. » C’est aussi l’un des enseignements répétés du pape François qui voit l’Église comme « une maison de communion » où il y a de la place pour tous (voir ici par exemple). C’est enfin la réalité, mesurée de façon concordante dans l’espace et dans le temps, par nos campagnes de sondages : les catholiques, et pas seulement les jeunes, sont ouverts à la richesse liturgique de l’Église et désireux d’y accéder pourvu que celle-ci leur soit offerte DANS LEUR PAROISSE.

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